NOS GRANDS RABBINS CES HEROS

Lundi 15 octobre 2007 1 15 10 2007 14:21

Abraham Deutsch

1902 - 1992
par le grand rabbin Max Warschawski

Extrait de Echos-Unir

le G.R. Deutsch et le G.R. Warschawski
Avec le g.r. Warschawski
Il y a un an à peine, rares étaient les Strasbourgeois de passage à Jérusalem qui ne remontaient, Rehov Mendele, pour saluer le Grand Rabbin et Madame Deutsch, évoquer des souvenirs en s'étonnant de la vivacité d'esprit et de l'intérêt que portait à son Alsace natale le Grand Rabbin, alors presque nonagénaire.

Lorsque sa mémoire le trahissait parfois dans une "Michpo'hologie" compliquée, Madame Deutsch lui rappelait les personnes ou les événements qui couvraient près d'un demi-siècle de carrière rabbinique.

Quels mois, marqués par des défaillances de santé, ont suffi pour briser cette vitalité, et il y a quelques semaines, au moment où j'écris ces lignes, notre Maître quittait la Jérusalem où il avait vécu près de vingt-deux ans pour rejoindre, sur le mont des Oliviers, face à l'esplanade du Temple, sa Jérusalem céleste.

Professeur et Pédagogue

Les uns se souviennent du professeur de religion à Fustel-de-Coulanges ou au lycée de jeunes filles ; d'autres l'ont connu comme directeur du Talmud Torah à l'école de l'ancienne gare, puis à Schoepflin. Il savait provoquer -chose rare à cette époque- un dialogue confiant avec les jeunes, en pouvant aborder les questions les plus diverses. Et bien des parents n'approuvaient pas un enseignement qui allait jusqu'à soulever -oh, si peu en réalité !- des problèmes comme la sexualité avec leurs enfants.

Mais ce jeune rabbin, qui refusait qu'on l'appelle autrement que "Monsieur", réussit à s'attacher beaucoup d'adolescents des familles de la bourgeoisie juive de Strasbourg. Alors que d'autres enseignants faisaient lire à leurs élèves des textes qui leur paraissaient bien ennuyeux, le rabbin de Bischheim voulait étendre son enseignement au-delà de l'école. Il créa la J.J.St. (Jeunesse Juive de Strasbourg) où l'on se réunissait pour des conférences, des cercles d'études, des excursions. C'était le mouvement de jeunesse des sans-mouvements.

Pour les plus jeunes, le rabbin Deutsch ouvrait en été une colonie de vacances à St-Gervais. C'est là qu'il fut mobilisé en 1939, laissant à son épouse la charge de fermer la colonie et de rapatrier les enfants.

Nous sommes encore quelques-uns qui allions, le Shabath après-midi à Bischheim, rendre visite à notre Maître, écouter les cours qu'il y donnait et participer ensuite à la prière de Min'ha dans la synagogue centenaire qu'un bombardement détruira vers la fin de la guerre.

J'ai longuement insisté sur l'activité pédagogique et éducative du grand rabbin Deutsch, je pourrais en parler bien plus longuement, car il considérait cet aspect de son travail rabbinique comme essentiel : activer, amener les jeunes à aimer et à vivre le judaïsme était pour lui sa raison d'être.

Il déplorait le manque de livres valables pour l'enseignement religieux, le "catéchisme" d'alors. Il décidé de rédiger les cours qu'il donnait dans les lycées, et en fit le Manuel d'instruction religieuse, d'abord ronéotypé puis, après la guerre, enfin édité et que des générations d'élèves ont utilisé depuis.

Nous sommes nombreux encore à nous souvenir du professeur. Mais peu, par contre, à nous rappeler du rabbin qui, tout au long de sa carrière, depuis Sarre-Union en 1926 jusqu'à son départ de Strasbourg, plus de quarante années plus tard, n'a jamais interrompu les cours de Talmud, même aux moments les plus dangereux de la guerre, lorsqu'il se savait recherché par la milice ou la gestapo : il ne refusait aucun élève, quel que fût son niveau de connaissances, de son degré de pratique religieuse. Aussi parvient-il à persuader le Président Heiss d'ouvrir sous sa direction, à Limoges, le Petit Séminaire, en 1942, en pensant à l'après-guerre, et jeta ainsi les bases pour les futures écoles du judaïsme français et pour le recrutement de ses cadres rabbiniques.

Création de l'Ecole Aquiba

Les élèves qu'il a éduqués pendant de longues années, les disciples à qui il a fait partager sa passion de l'enseignement, ont soutenu plus tard le grand rabbin Deutsch dans la réalisation de ses projets. Lorsqu'il décide d'ouvrir l'école Aquiba en 1948, c'est un de ses élèves, Benno Gross qu'il chargea de la diriger. C'est à un autre de ses élèves qu'il demande de le seconder dans sa charge en lui confiant la direction de l'enseignement religieux et du Talmud Torah avant d'en faire son adjoint et…. Son successeur.

C'est encore l'éducateur qu'il a toujours été qui persuada Nephtali Grunewald, éditeur d'un Loua'h qui servit durant la guerre de lien entre les Juifs de la région de Limoges et de toute la zone sud, de prendre le risque de faire paraître le Bulletin de nos Communautés. Pendant de longues années, Abraham Deutsch, tous les quinze jours, transmettait son message aux Communautés comme éditorialiste de son bulletin.

Orthodoxie et ouverture

Tout le reste de l'activité de ce rabbin exceptionnel se comprend lorsque nous analysons ses réalisations dans le domaine de l'éducation : son ouverture envers tout l'éventail des fidèles de ses communautés, alors qu'il était lui-même rigoriste dans l'observance de la loi. Il aurait pu être rabbin d'une synagogue orthodoxe, mais il estimait que sa mission était de transmettre un judaïsme authentique à l'ensemble de la collectivité suite. S'il était ouvert au dialogue avec tout le monde, il était intransigeant dans l'observance des mitsvoth. Il n'accepta le poste de grand rabbin de Strasbourg qu'à condition que la communauté renon à l'orgue. Il exigea que la kasherouth soit contrôlée par un maître de la halaka (loi juive), et fit reconnaître dans le monde entier le label du Beth Dîn (tribunal religieux) de Strasbourg.

Comme grand rabbin de Strasbourg, Abraham Deutsch était en contact aussi bien avec ses homologues catholiques et protestants qu'avec les autorités civiles, régionales ou locales.

Il sut représenter le judaïsme dans tous les milieux avec dignité et souvent avec panache. Ses sermons, lors des manifestations patriotiques, étaient souvent très courageux, lorsque des communautés à travers le monde étaient menacées, ou lorsque l'existence d'Israël était en cause. Il savait que le monde non-juif voyait en lui le porte-parole de sa communauté, et n'hésita jamais, surtout au cours de la guerre, à intervenir, au risque de sa liberté, pour aider à sauver un coreligionaire en difficulté.

Je pourrais continuer longtemps encore à parler de celui que j'ai côtoyé pendant soixante ans. Mais les Juifs d'Alsace savent aussi bien que moi quelle personnalité était le grand rabbin Deutsch, et combien il a marqué le judaïsme de notre région. Pendant plus de vingt ans, il a vécu, à Jérusalem, une vie d'étude et de prière. Son départ nous peine tous. Il clôture l'existence d'un Maître qui sut être aussi un administrateur et un shtadlan (intercesseur), et qui a marqué son passage terrestre d'une manière durable. Le Rabbinat français a perdu avec le grand rabbin Deutsch un de ses maîtres et de ses guides.

Par Initiative Rabbinique - Publié dans : NOS GRANDS RABBINS CES HEROS
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 14 octobre 2007 7 14 10 2007 21:49
Rachi                                                                                                 Rashi.jpg

De nombreuses légendes tournent autour du nom de Rachi : lignage, naissance ,vie.

D'après certains textes, lors d'un voyage en Orient, il serait devenu le disciple de Maïmonide, ce qui est très curieux car celui-ci est né en 1135, soit 30 ans après la mort de Rachi.

Un autre fait est à souligner :il y a eu, au cours des siècles, un amalgame entre les légendes Juives et chrétiennes.

En 1840, il y avait à Troyes, une boucherie où il n'y avait jamais de mouche.

Pour les Juifs, elle le devait au fait d'être située à l'emplacement de l'ancienne demeure de Rachi ; les chrétiens, eux, attribuaient cette chance à la protection de St-Loup, patron de la ville.


LA NAISSANCE DE RACHI

Les légendes concernant la naissance de Rachi se trouvent, pour la plupart dans le Chalchelet ha Kabbalah (la chaîne de traditions), publié en 1587 par Gédalia ben Joseph ibn Yahia.

1) La première est celle de la filiation : comme on ne connaît pas les ancêtres de Rachi, on a créé de toutes pièces des généalogies fantaisistes mais prestigieuses, dont l'une élaborée en Italie au 17ème siècle le fait descendre d'un rabbin du 2eme siècle Johanan ha-Sandlar, l'un des derniers disciple de Rabbi Akiba.

Il bénéficie aussi de l'éclat légendaire de son oncle maternel, Simon ben Isaac dit le Grand, rabbin de Worms dont les contemporains disaient qu'il descendait du roi David !

2) La seconde est la naissance de Rachi proprement dite : la tradition rapporte que son Père avait un joyau de grande valeur.

Des chrétiens voulurent le lui prendre, ils étaient prêts à lui en donner un bon prix, mais Isaac ne céda pas !

Un jour, ils l'attirèrent dans un piège sur un bateau ; plutôt que de rendre la pierre, il la jeta dans l'eau et alors une voix céleste s'éleva : " Un fils te naîtra, ô Isaac, un joyau spirituel qui illuminera le monde de sa sagesse. "

Une autre tradition se situe à Worms et concerne la Mère de Rachi :un jour, alors qu'elle était enceinte, elle marchait dans une rue quand deux attelages opposés entrèrent en collision.

Effrayée, elle se pressa contre un mur qui s'incurva pour lui faire place !

De ce fait, Isaac, craignant qu'on les accuse de sorcellerie, quitta Worms et alla à Troyes où naquit un fils qu'il prénomma :Salomon.

Certains prétendent que plus tard, Rachi enseigna dans cette niche ;et l'on montre un siège, dressé sur trois marches comme étant " la chaise de Rachi " bien qu'il n'ait pas enseigné à Worms, même s'il y a étudié entre 1055 et 1065.

VOYAGES ET EPREUVES INITIATIQUES

Le thème de l'éducation du Héros est toujours le point central de tout récit.

Il n'existe pas de raison de penser (à l'heure actuelle) que Rachi ait été ailleurs qu'en Rhénanie, pourtant selon la tradition, il aurait complété son éducation à l'age de 33 ans(tout un symbole !) par un voyage en Egypte et Babylonie !


RACHI ET GODEFROI DE BOUILLON

La fin de la vie de Rachi, qui aurait pu être paisible, fut tourmentée par les massacres anti-juifs de la première Croisade, mais comme nous l'avons déjà vu, ses œuvres ne comportent pas de témoignage direct de ces évènements.

En revanche, le " trucage " le plus fascinant est la rencontre de Rachi et Godefroi de Bouillon.

Sur le point de partir pour la première croisade, Godefroi de Bouillon demanda à rencontrer Rachi ;celui-ci refusa de venir. Godefroi de Bouillon se rendit à son école, escorté de cavaliers, il trouva la porte ouverte et la maison vide.

Rachi était invisible !

-" Où êtes-vous Salomon ? " s'écria-t-il

-" Ici " répondit Rachi, " que demande mon seigneur ? "

-" La même chose, toujours "

Rachi n'apparut toujours pas. Déconcerté, Godefroi repartit et sur la route, rencontra un disciple de Rachi.

" Veuillez lui dire qu'il doit paraître devant moi. Je jure qu'il n'a rien à craindre . "

Alors le Maître apparut et Godefroi lui posa ses questions.

La réponse de Rachi se présenta comme une prédiction :

" Vous prendrez la Ville et vous règnerez sur Jérusalem trois jours, mais le quatrième, les mahométans vous mettront en fuite et vous reviendrez avec seulement trois chevaux ! "

" Cela se peut, mais si je reviens avec seulement un cheval de plus, je mettrai à mort tous les Juifs de France ! "

Après quelques années, Godefroi de Bouillon revint avec trois cavaliers. Il résolut de mettre sa menace à exécution mais quand ils pénétrèrent dans Troyes, une pierre se détacha d'un mur et tua un cheval !

Le Duc s'inclina devant la sagesse de Rachi et voulut lui rendre hommage. Hélas il était déjà mort !

Tout cela est fascinant mais en réalité Godefroi n'est jamais revenu des croisades-il est décédé à Jérusalem le 18 août 1100- et Rachi est mort cinq ans après -29 Tammouz 4865 soit le 13 Juillet 1105.

LA FIN DE RACHI

On dit que vers sa fin , Rachi voulut savoir qui serait son compagnon au paradis.

Il apprit que l'homme vivait à Barcelone et s'appelait Abraham le Juste.

Rachi partit pour cette ville ; là, il trouva un homme riche mais impie !

Il composa lui-même une œuvre intitulée l'Amphitryon ,en hébreu Ha Parnès. En réalité, il existe un texte, intitulé Ha-Pardès (le Paradis).

La faute du copiste a favorisé la naissance de la dite légende !

Même si le lieu de sépulture est inconnu -Rachi est mort et est enterré à Troyes- il existe une tradition qui le lie à Prague.

Sources :

Chalchelet ha-Kabbalah,Venise,1587

Rashi,his teaching and personality, S.Ferderbusch, New York, 1958

Rachi de Troyes - le mythe, Archives Juives-Colette Estin-1998

Par Initiative Rabbinique - Publié dans : NOS GRANDS RABBINS CES HEROS
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 21 août 2007 2 21 08 2007 10:43

 

 

 

  maimonide2.gif

La pédagogie selon Maïmonide 

Conférence de M. le Grand Rabbin David Sabbah Grand Rabbin du Quebec
 

L'affirmation "de Moché (Moïse) à Moché (Maïmonide), il n'y a pas eu d'autre Moché", nous propose surtout d'établir une similitude entre les deux maîtres en matière d'autorité morale, religieuse et intellectuelle qu'ils exercent au sein du judaïsme, mais aussi pour les oeuvres capitales qu'ils léguèrent au monde juif.

Si, par ailleurs, Moché est appelé Moché Rabbenou, Maïmonide, lui, prendra le titre de Rabbenou Moché. La nuance viserait essentiellement à souligner, en revanche, la différence capitale existant entre eux. Moïse n'ayant eu, en effet, d'autre maître que D'ieu lui-même, mériterait de prétendre à ce que son nom précède son titre. Par là, il s'identifie à la Tora, son nom se rattachera à l'enseignement qu'il inaugure, instituant une chaîne de maîtres et élèves. Parce qu'il appartiendra à cette chaîne, Maïmonide se verra attribuer le titre de Rabbenou qui précédera son nom.

Ces deux remarques nous situent d'emblée dans un monde où les traditions d'enseignement constituent une réalité première. Ces traditions elles-mêmes ne peuvent se concevoir sans les règles de pédagogie qui les accompagnent. Et Maïmonide sera justement le premier compilateur des prescriptions religieuses qui accordera une place importante à l'étude de ces règles.

Par les multiples facettes qu'il présente, Maïmonide ne cesse d'exercer une véritable fascination. Ses titres de noblesse ne se comptent pas : philosophe, médecin, commentateur, décisionnaire ou compilateur de lois. Mais celui auquel il tiendrait le plus serait, sans conteste, celui d'éducateur, de guide spirituel d'Israël.

Maïmonide se sent investi d'un destin historique, destin qu'il entend assumer, qu'il assume d'ailleurs pleinement comme il l'avoue à un de ses correspondants de Lunel. Au douzième siècle, le peuple juif était menacé sur ses deux flancs : la croix en Europe, l'épée en Espagne et en Afrique. Maïmonide décide d'être le maître et le protecteur. Aussi, le qualifiera-t-on de "Grand aigle", "Ha-Necher ha-gadol", non seulement pour la hauteur de ses vues à jamais inégalées, mais aussi pour la protection surtout morale, l'aide et l'appui qu'il prodiguera à toutes les communautés juives de la diaspora.

Maïmonide se sentait toujours proche de deux grandes figures d'Israël : Moïse et Rabbin Judah le Saint. Le premier pour le rôle joué dans la révélation et la transmission de la Tora - loi écrite -, et le second pour la contribution capitale dans la compilation et la rédaction de la Michena - loi orale -, devaient l'inspirer dans la composition de son oeuvre fondamentale, Michené Tora.

Cet ouvrage appelé également "Yad Ha-Hazaka" - Main forte -, se compose de 14 traités. Il réunit toutes les lois religieuses, morales, civiles et sociales rapportées dans les Talmud de Babylone et de Jérusalem, ainsi que dans les ouvrages de Midrache et les écrits des Guéonim, d'où son titre "Michené Tora" - Répétition de la Tora - qui fait référence au 5ème livre de Moïse, "Dévarim", appelé également ainsi.

En réponse à un de ses correspondants de Lunel, Rabbi Jonathan, Maïmonide précise ses intentions : "Je n'ai composé cet ouvrage que dans le but de dégager les chemins, ôter les obstacles de devant les élèves qui, à cause des nombreuses discussions du Talmud, ne pourraient arriver, sans risque d'erreur, à la décision finale de la Loi".

Cette approche n'est pas sans rappeler justement celle de Rabbi Judah le Saint qui, à cause des persécutions et des exils qui menaçaient Israël, résolut, malgré l'interdit d'écrire la Loi Orale, de rédiger la Michena afin de la protéger contre tout oubli.

Peut-être Maïmonide fut-il considéré à tort comme un aristocrate de l'esprit, un intellectuel qui accorderait une attention particulière au règne du rationalisme. Force nous est de constater qu'il est tout le contraire d'un aristocrate. À aucun moment, il n'a voulu s'enfermer dans sa tour d'ivoire, n'ayant pour interlocuteurs que des intellectuels; il n'entendait jamais trôner dans l'Olympe de la pensée pure. Il faudrait plutôt voir en lui cet éducateur, ce guide dont l essentielle était de répandre la connaissance à toutes les couches, catégories ou classes du peuple. "Il convient, dira-t-il, de ce à chaque catégorie selon le degré de ses connaissances". À tous les niveaux de sa création philosophique ou littéraire, son souci constant était de veiller à consolider les structures du Judaïsme dont les signes d commencèrent à apparaître avec la fermeture des grandes académies talmudiques de Babylone et l du mouvement Caraïte.

Le domaine de la foi religieuse réclamait son attention. Maïmonide devait agir avec célérité face aux événements qui exigeaient son intervention. Sa "Lettre aux convertis", appelée également "Essai sur la sanctification de D'ieu", ainsi que sa fameuse "Lettre aux Juifs du Yémen", contribuèrent grandement à fortifier la foi de communautés condamnées au désespoir. Il sut trouver les mots, soigner forme et style, et avancer les arguments qui eurent raison des hésitations, de l de tous ces Juifs écrasés par le poids de leur malheur.

Les voies qui mènent à la foi religieuse sont d plus diverses et multiples ch. ce à des publics ou des individus qui diffèrent entre autres par leur origine ou leur formation intellectuelle. Maïmonide, en bon pédagogue, adoptera les méthodes et arguments que chaque cas nécessite.

Dans le domaine de la Halakha - énoncé de la Loi - l'application de ce principe se révélait tout aussi nécessaire. Dans le commentaire de la Michena, comme dans son ouvrage Michené Tora, Maïmonide observera scrupuleusement cette règle d'or qui consiste à intéresser l'étudiant débutant comme l'érudit qui désire approfondir ses connaissances.

L'enjeu était de taille. Maïmonide déclare nettement à ce propos : "Le fardeau que je porte n'est point léger".

En fait, Michené Tora devait atteindre les principaux objectifs que l'auteur s'était assignés. Aux uns, il sert d'appoint pour pénétrer la connaissance du Talmud, aux autres, il servira, en plus d'aide mémoire pour toutes les Lois du Talmud, de contrôle des connaissances acquises.

Pour ce faire. Maïmonide multiplie les procédés pédagogiques : choix de la méthode, ordonnancement des thèmes traités allant du simple au complexe, reliés entre eux par un lien logique, emploi d'introduction où il aime à exprimer parfois ses crédos en matière de foi et de morale, à livrer surtout des développements importants sur les sciences et les connaissances de son temps.

Le style employé sera dépouillé, clair, concis et précis, écartant sciemment toutes formes de discours ou discussions qui ne manqueraient pas d'alourdir l'exposé, rendant ainsi obscure la conclusion en matière de décision et d'énoncé de la Loi. Le langage et le style, en plus de contribuer à l'enrichissement de la langue hébraïque, tendaient, de l'avis de Maïmonide lui-même, "à rendre accessible la Loi Orale à tous, petits ou grands".

En tant que Maître, Maïmonide visait tout naturellement à combattre l'ignorance, aussi réservera-t-il un grand développement, s'étalant sur sept chapitres, où il analyse, à partir de l'étude de deux prescriptions de la Tora sur l'enseignement et le respect dû aux savants et enseignants, tous les devoirs et implications sous-jacent à ces deux prescriptions.

L'ordre logique suivi est tout à fait remarquable. Après avoir étudié dans le "Livre de la Connaissance", premier traité du Michené Tora, les lois relatives aux "Fondements de la Tora" où il examine les principes de l'existence et l'Unicité de D'ieu, les devoirs de l'aimer, le craindre et le sanctifier, ainsi que le devoir d'obéir au prophète désigné par D'ieu, Maïmonide passe ensuite à l'analyse des lois concernant le comportement et la conduite morale de l'homme pour finalement aborder les lois de l'enseignement de la Tora.

Il est évident que dans le contexte du système Maïmonidien, de telles prescriptions ne prendraient la forme d'impératifs que si l'homme, en plus d'être convaincu de l'existence de D'ieu qu'il doit aimer et craindre, est tenu d'opter pour un comportement idéal faisant appel aux qualités et vertus attribuées à D'ieu, lesquelles ne sauraient être envisagées qu'avec un étude approfondie de la Tora et ses prescriptions.

Reste à savoir quel est, en fait, le but visé par l'enseignement. Est-il question d'acquisition de connaissances pures, ou plutôt de se servir de ce biais pour inculquer à l'élève des valeurs spirituelles, morales et religieuses?

Maïmonide, en fin pédagogue, invite l'élève, tout en lui enseignant lois et prescriptions, à une réflexion qui débouche sur un système de valeurs. Sans vouloir transmettre ce système, Maïmonide aide plutôt à son élaboration par l'action du jugement, l'appréciation et la sélection. Choisir, évaluer, c'est aussi s'engager et cela personne ne peut le réaliser à la place d'autrui. L'idéal spirituel ne saurait s'édifier et s'acquérir sans le jugement de valeurs.

Ayant recours souvent à ce procédé, Maïmonide oblige le lecteur à s'interroger sur ses appréciations, leur valeur, leurs alternatives, de telle sorte que le comportement se reconstruit comme un acte de volonté libre.

Dans cette perspective, Michené Tora sera articulé de telle sorte que les frontières entre les domaines s'estompent et se fondent. On passe aisément de la philosophie à la Halakha, de l'éthique aux conseils d'ordre pratique. L'homme étant, pour Maïmonide, une entité, il conviendrait de le considérer, en tant que tel, pour tout ce qui se rapporte à lui. L'homme acquerra des connaissances non pas pour elles-mêmes, mais bien plus pour parvenir à la perfection morale souhaitée.

Ces principes se trouvent vérifiés également dans le développement relatif aux "Lois sur l'enseignement". Aussi, est-ce sans grande surprise que l'analyse de ces lois révèle une pédagogie qui n'est pas sans rappeler, par bien des aspects, les principes de la pédagogie moderne.

Certes, nous sommes familiers, depuis un siècle environ, avec le principe de l'école obligatoire. Pour le Judaïsme, le devoir pour chaque père d'enseigner la Tora à son fils ou de le confier à un maître, ne tarde pas à devenir une pratique sacrée fort respectée. Le Talmoud, dans le Traité Baba Batra, p. 21, ne tarit pas d'éloges à l'égard de Yéhochouâ Ben Gamla qui a été l'initiateur d'ouverture d'écoles dans chaque ville et cité, inaugurant ainsi des mesures avant-gardistes.

Reprenant pour son compte la sentence du Talmoud (Chabbat 119), Maïmonide décrètera dans le Talmoud Tora, chap. II : "Les habitants d'une ville qui négligent l'enseignement pour leurs enfants, s'exposeront à l'excommunication tant qu'ils n'engagent pas d'enseignants. À défaut de cet engagement, la ville sera détruite car le monde ne se maintient que grâce à l'haleine que dégagent les enfants dans leur étude".

La sévérité d'une position aussi radicale ne saurait nous étonner outre mesure lorsque nous arrivons à réaliser combien l'humanité souffre des dégâts et désordres provoqués par l'ignorance et l'analphabétisme.

L'âge de scolarisation étant important dans la formation de la personnalité de l'enfant, sera fonction de sa santé et constitution physiques. Est-il besoin de souligner que les études modernes en psycho-pédagodie ne renieraient aucunement cette proposition du Talmoud (Baba Batra 21, Kétoubot 50) reprise par Maïmonide (Talmoud Tora II2) : "Les enfants seropnt conduits à l'école dès l'âge de 6 ou 7 ans, dépendamment de leur santé et constitution physique; moins de six ans, il ne faut point les y conduire". Ailleurs, dans le chapitre I parag. 6 des Lois sur l'Enseignement de la Tora, Maïmonide conseille au père, en vue d'inculquer à son fils amour et attachement à D'ieu et à la Tora, de lui apprendre à réciter, dès qu'il commence à parler, certains versets, entre autres "Chéma Israël" et "Tora Tsiva Lanou Mochè", "Écoute Israël, l'Ét'ernel est Un", "La Tora que nous a ordonnée Mochè est l'héritage de l'assemblée d'Israël". Aux premiers babillements de l'enfant, ces phrases agiront lentement sur son âme et sa conscience, créeront des réflexes qui ne manqueraient pas de conditionner plus tard toute sa vie morale et religieuse.

L'effectif de la classe retient toute l'attention du Talmoud - Baba Batra 21 déjà cité - ainsi que celle de Maïmonide (Talmoud Tora II3). Afin que le maître puisse accorder toute l'attention requise à ses élèves, assis en forme de demi-cercle, leur nombre se limite à 25. Passé à 40 élèves, l'engagement d'un assistant est nécessaire. Pour plus de 40, ce sont deux instituteurs qui s'avèrent nécessaires. En tout état de cause, ce principe se trouve vérifié par les applications actuelles basées sur la pédagogie de l'école Montessori. Faire participer le plus possible l'élève à la classe, retenir son attention, contrôler et vérifier ses connaissances, ne peut s'obtenir que si l'effectif tournait autour de la vingtaine.

Un des principes des moins importants sera celui de la gratuité des études. Car comment envisager le devoir d'étudier, comment envisager l'école obligatoire si l'élève pauvre n'était pas assuré de profiter de la gratuité des études? Du coup c'est le principe de l'égalité devant le droit à l'instruction qui sera remis en cause, ce qui favorisera également l'inégalité des chances dans la vie, alors que les maîtres du Talmoud insistent pour l'on prenne soin des élèves pauvres, "Car d'eux sortira la Tora". Cependant, Maïmonide ne peut passer sous silence le fait que des instituteurs, étant dans le besoin, devraient toucher un salaire. Ayant souligné l'interdiction de tirer profit de la science de la Tora - Traité Talmoud Tora, chap. III10), Maïmonide, se basant par ailleurs sur deux textes talmudiques, chapitre premier du traité Keddouchim p. 33 et Nédarim 37, tranchera en faveur de laisser le choix de la décision à chaque ville. Le paragraphe 7 du premier chapitre stipule: "S'il est de coutume dans la ville que le Maître reçoive un salaire, il lui sera donné un salaire; il est obligé alors de lui enseigner avec salaire toute la Loi écrite. Là où il est admis d'enseigner la loi écrite avec salaire, il sera permis de le faire ainsi. Mais la Loi orale, il est interdit de l'enseigner avec salaire". Il ne faut point se tromper : ce salaire ne devra être nullement considéré comme une indemnisation pour la transmission de connaissances, mais plutôt comme compensation pour la perte de temps du maître. En Europe, il a fallu attendre le 19ème siècle pour assister à l'adoption du principe de la gratuité des études.

Ne tenant nullement compte de la condition matérielle du Juif, de sa situation familiale ou de son âge, Maïmonide portera un accent particulier sur la durée des Études qui devront se poursuivre jusqu'à la mort (Talmoud Tora, chap. I8 jusqu'à 12). Pour ne point être affecté par l'oubli, l'homme se doit de maintenir une dynamique de l'étude. La répartition du temps et des matières à étudier lui sera suggérée de manière à affiner ses connaissances et viser la perfection morale.

Examinons à présent le rôle de l'élève. Pour une étude positive de la Tora, des vertus morales seront requises. Maïmonide les énumère toutes au chap. III 6,7 et suivants. Pour lui, c'est une véritable illusion que de croire pouvoir entreprendre ensemble études et quête de la richesse. Il conclut à un réel renoncement du lucre, du luxe et confort, recommande par contre modestie, humilité et disponibilité qui s'accompagnent d'esprit de sacrifice et persévérance. Au chapitre IV, parag. 1, Maïmonide ne transige pas : "Il ne faut enseigner qu'à l'élève convenable ayant une bonne conduite, et à l'intègre. Mais s'il suivait une mauvaise voie, nous tenterons de le ramener sur le droit chemin. Après évaluation positive de son cas, nous pourrons l'admettre de nouveau à l'école". De plus, l'élève fera preuve de force de caractère. Il se doit d'être honnête : "ne pas dire j'ai compris alors que ce n'est point vrai" (Talmoud Tora IY 4-5), d'éviter toute timidité qui paralyserait tout progrès dans les études. "L'élève n'a pas à avoir honte de ses amis qui ont retenu la leçon dès la première ou la seconde tentative alors que lui ne l'a retenue qu'après de nombreuses, car s'il agissait ainsi, il lui arriverait de fréquenter inutilement la classe". Nous sommes forcés de constater une fois de plus que l'acquisition des connaissances ne peut être dissociée des attitudes et du comportement moral de l'élève.


 

 

 

 

Par Initiative Rabbinique - Publié dans : NOS GRANDS RABBINS CES HEROS
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 12 août 2007 7 12 08 2007 10:27
Max GUGENHEIM
Histoire d'un rabbin d'Alsace
1877 - 1967
par le Grand Rabbin Max Warschawski

Max Gugenheim

En 1948, jeune rabbin sorti du Séminaire, j'arrivais en Alsace pour occuper le siège rabbinique de Bischheim et pour diriger l'enseignement religieux à Strasbourg. C'était, pour moi, le début d'un mariage d'amour de quarante ans avec le judaïsme alsacien. C'était aussi, grâce à l'amitié paternelle des derniers des rabbinsde la vieille génération, une extraordinaire école, où j'ai appris, en plus des traditions du terroir, cette partie du Shoul'han Aroukh que l'on n'enseigne pas dans les textes, mais qui est fondamentale pour un rabbin : comment se comporter, dans une communauté, à l'égard de ses fidèles, comment partager leurs joies et leurs peines. Comment prêcher par l'exemple dans l'observance des mitzvoth, être rigoureux pour soi-même tout en étant compréhensif vis-à-vis du prochain.

Invité à participer à un cours mensuel qui réunissait ces rabbins alsaciens, je rencontrai chez l'aîné d'entre eux, à Saverne, les doyens du rabbinat français d'alors. Armand Bloch recevait chez lui ses collègues : Joseph Bloch de Haguenau (avant la guerre à Barr), Emile Schwarz d'Obernai (avant la guerre à Wissembourg) et Max Gugenheim de Bouxwiller. De tous les quatre, je connaissais le mieux ce dernier, père de notre maître, le rabbin Ernest Gugenheim.

Ils étaient très différents par leur caractère : Armand Bloch, plus âgé que ses amis, avait un air sévère, mais s'animait lors d'un débat talmudique. Emile Schwarz, de santé délicate, était tout de finesse et de douceur. Joseph Bloch était le "fort en thème", celui qui aurait pu faire une carrière brillante, s'il avait accepté de servir dans une communauté à orgue, en violant l'engagement pris au séminaire de Berlin cinquante ans plus tôt. Enfin Max Gugenheim, à qui ces lignes sont consacrées, était le plus modeste incontestablement et cachait, derrière un sourire bonhomme, une érudition qui attirera autour de lui de nombreux disciples. Il était, à cette époque, rabbin de Bouxwiller où il avait succédé, en 1920, à Ernest Weill, nommé grand rabbin de Colmar. Né en 1877 à Seppois-le-Bas, dont son grand-père, Lazare Bloch de Scharracbergheim, était le rabbin, Max Gugenheim avait derrière lui des générations de rabbins et de Parnassim (présidents de communautés) en Alsace. Par sa grand-mère maternelle, il était descendant direct à la cinquième génération de Samuel Sanvil Weyl, rabbin de la Haute et de la Basse Alsace au début du 18ème siècle. Son père, Isaac Gugenheim, né à Dornach, était rabbin de Niederhagenthal, qu'il quittera pour le rabbinat de Sarre-Union, où il mourra en 1918.

 

L'enseignement de Zacharias Wolff

Il était naturel que Max Gugenheim à son tour choisisse la carrière rabbinique. Pour se préparer à ses études, il entra très jeune au "petit séminaire" de Colmar, que les Consistoires de l'Est avaient ouvert dans ce but. Cette école, qui ne subsista que peu de temps, était dirigée par un rabbin allemand, le Docteur Zacharias Wolff. En quittant à la fin de leurs études secondaires le petit séminaire, les étudiants devaient, à l'origine, entrer à l'université de Strasbourg, y suivre les cours de langues orientales en complétant auprès des maîtres, désignés parmi les rabbins de la région, la partie rabbinique de leurs études. Les trois grands rabbins des départements de l'Est leur faisaient passer les examens et leur décernaient le titre rabbinique. Ce programme ne fonctionna que quelques années, alors que le petit séminaire de Colmar continua d'exister bien plus longtemps.

A Colmar, Max Gugenheim renconntra ses futurs collègues et se à lia Joseph Bloch d'une amitié qui durera plus de soixante ans. Jusqu'à la fin de leur vie, les rabbins alsaciens évoquèrent avec affection et respect leur premier maître, Zacharias Wolf, qui termina sa carrière à Bischheim.

 

Pas d'orgue à la synagogue...

Le gouvernement allemand voyait d'un mauvais oeil les jeunes candidats rabbins se diriger vers le séminaire de Paris. Aussi, vers la fin du siècle, les jeunes Alsaciens sortis du séminaire de Colmar durent choisir les écoles rabbiniques d'Allemagne, à Breslau ou à Berlin. Suivant l'exemple de leurs anciens, Ernest Weill et Zivy, nos futurs rabbins se décidèrent pour la plupart, pour le séminaire de Azriel Hildesheimer, à Berlin. C'est à que Max Gugenheim fit ses études et obtint son diplôme rabbinique. Il n'était pas facile alors de trouver un poste en Alsace. Aucun de ces rabbins revenus de Berlin n'était prêt à accepter une synagogue avec orgue, et ceci restreignait encore leur choix et les excluait de toutes les grandes communautés. Tandis que Joseph Bloch échouait à Dambach-la-Ville, Max Gugenheim devint rabbin de Quatzenheim. Sa circonscription englobait Wintzenheim et Kuttolsheim, qui avaient successivement été le siège du rabbinat. Il y demeurera jusqu'en 1910, lorsque le poste sera supprimé et succédera à Victor Marx qui avait été nommé à Strasbourg. En 1920, la communauté de Bouxwiller fit appel à lui pour remplacer Ernest Weill. Max Gugenheim y restera jusqu'après la Seconde Guerre mondiale. Parcourant ses communautés pour rendre visite aux vieillards et aux malades ou pour y passer un Shabath, enseinant dans les collèges de la région, il était le lien vivant entre les juifs du nord-ouest du département.

 

Des communautés où tout était à refaire

Lorsqu'après 1935, l'Alsace accueillit des réfugiés venus d'Allemagne, le rabbin de Bouxwiller réussit à regrouper un noyau de jeunes dans un "kibboutz" où ils se préparaient à "monter" en Palestine. Certains d'entre eux, aujourd'hui septuagénaires, évoquent avec émotion leur passage en Alsace et l'aide que leur avait accordée un rabbin, dont la modestie n'avait d'égale que son érudition.

La guerre et l'occupation de l'Alsace amena le rabbin Gugenheim à Vichy, dont il devint le rabbin, après la déportation du grand rabbin Jacques Kahn. Il avait alors plus de soixante-cinq ans, Mais il put donner toute sa mesure, tant dans ses relations avec ses fidèles que par l'enseignement que venaient chercher auprès de lui de nornbreux jeunes et pères de famille.

Il retourna à Bouxwiller après la guerre, au cours de laquelle un de ses fils avait été déporté, alors que le second, qui sera notre maître Ernest Gugenheim était prisonnier en Allemagne. Les rabbins alsaciens, dont le groupe avait été décimé par la mort et par la déportation, retrouvèrent des communautés où tout était à refaire. Ils étaient tous âgés. Mais aucun ne songea à se retirer.

La communauté de Bouxwiller, siège de sa circonscription rabbinique s'étiolait. Lorsque le minyân cessa d'y être assuré, Max Gugenheim accepta, en 1956, le poste de Saverne, dont le titulaire était mort. Sa maison devint le lieu de rencontre de beaucoup de jeunes intellectuels qui étudiaient à Strasbourg et qui venaient passer un week-end ou une journée à Saverne, souvent pour y renconter le rabbin Ernest Gugenheim lors des vacances qu'il passait auprès de son père. Nombreux aussi étaient les amis qui rendaient visite à leur vieux maître, qu'ils avaient connu à Bouxwiller ou à Vichy. L'âge n'avait en rien diminué ses facultés intellectuelles et c'est lui à qui ses jeunes collègues soumettaient leurs problèmes de halakha (jurisprudence religieuse). Longtemps encore le grand rabbin Max Gugenheim - le grand rabbin de France lui avait décerné ce titre, ainsi qu'à son ami Joseph Bloch - continua à rendre visite chaque semaine à "ses" malades à Stephansfeld, et il fut le dernier parmi les "anciens" à assister à Paris, à l'assemblée annuelle du rabbinat.

Max Gugenheim est décédé dans sa quatre-vingt-onzième année, après une carrière exemplaire de plus de soixante-cinq ans, carrière consacrée au service de Dieu à la fidélité à notre tradition et à l'amour de ses semblables. Il a su transmettre à ses descendants ce même désir de servir et de continuer ainsi la tradition d'une famille d'Alsace qui illustra le rabbinat pendant près de trois siècles. 
Source: http://judaisme.sdv.fr/histoire/rabbins/gugenh/maxgug.htm

 


           
Par Initiative Rabbinique - Publié dans : NOS GRANDS RABBINS CES HEROS
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 1 juillet 2007 7 01 07 2007 11:42

Jacob-Kaplan-2005.jpg

              Nos Grands Rabbins ces héros……..
Grand Rabbin Jacob KAPLAN


Biographie (1895 - 1994)


Jacob Kaplan naît dans une famille pieuse originaire de
Lituanie. Il est admis au séminaire rabbinique de la rue Vauquelin à Paris en 1913, mais ses études sont interrompues par la Première Guerre mondiale où il demande à être mobilisé comme simple fantassin. Il se bat à Verdun et est blessé en 1916. Il est décoré de la Croix de guerre 1914-1918.

Après la guerre, il reprend ses études et reçoit son diplôme de rabbin en 1921. Il est alors nommé rabbin à Mulhouse en 1922, puis rabbin de la Synagogue Notre-Dame-de-Nazareth à Paris en 1928 et en 1936 rabbin de la Grande synagogue de la Victoire. Encore profondément marqué par la Première Guerre mondiale, il organise le 14 juin1936 avec les Croix-de-feu une cérémonie religieuse à la mémoire des anciens combattants juifs. Pour cela, il sera très critiqué par la Licra (Ligue contre le Racisme et l’Antisémitisme), et par de nombreux intellectuels juifs de gauche.

Nommé auxiliaire du Grand Rabbin de France Isaïe Schwartz à la veille de la Seconde Guerre mondiale, il se réfugie dès l’arrivée des Allemands, tout d’abord à Vichy où s’est déplacé le gouvernement de Pétain, puis à Lyon en 1942. Il n’aura alors de cesse, au péril de sa vie de faire jouer toutes ses connaissances afin de sauver le maximum de ses coreligionnaires. Il interviendra entre autres auprès du Cardinal Gerlier afin que celui-ci fasse des démarches auprès du gouvernement afin d’arrêter les convois de juifs partant pour l’Allemagne. Nommé Grand Rabbin par intérim en janvier 1944 après le passage en Suisse de Isaïe Schwartz pour échapper à la Gestapo, il est arrêté le 1er août 1944 par la Police française et sera relâché le même jour contre rançon. Il obtient à la Libération la Croix de guerre 1939-1945.

Il sera élu Grand Rabbin de Paris en 1950 puis Grand Rabbin de France en 1955. Après la guerre, sa principale préoccupation sera de remettre sur pied la communauté, décimée par les Nazis. Quand en 1952 éclate L'Affaire Finaly, Jacob Kaplan remue l’opinion publique mondiale et intervient auprès de Mgr Touvet et du Cardinal Gerlier, ainsi qu’auprès de nombreuses autres autorités religieuses catholiques et protestantes, jusqu’au retour des deux enfants.

Après 1961, il devra s’occuper de l’afflux massif de ses coreligionnaires rapatriés d’Afrique du Nord et qui en quelques années doubleront la communauté juive française. Devenu une autorité morale incontestée, il est élu en 1967 à l’Académie des sciences morales et politiques où il rédigera de nombreuses communications. En 1980, il décide d’abandonner ses fonctions de Grand Rabbin de France, tout en restant très actif dans la communauté juive et en publiant de nombreux ouvrages. Il décède le 5 décembre 1994 à l'âge de 99 ans.

corations

·     Croix de guerre 1914-1918

·     Croix de guerre 1939-1945

·     Grand-croix de l’Ordre national du Mérite, 1984

·     Grand-croix de la Légion d’honneur, 1988

Hommages posthumes

·     Le 16 novembre 2000, le maire de Paris, Jean Tiberi, inaugure dans le 9e arrondissement la place Jacob-Kaplan

·     2005 : Timbre commémoratif de 0,53 € à l’effigie de Jacob Kaplan édité par le service philatélique de la Poste

·     2007 : Médaille d’Art éditée par la Monnaie de Paris

Œuvres

·     N’oublie pas, 2007, éd. Stock, coll. Judaïsme-Israël

·     Justice pour la foi, 1995 (participation), éd. Le Cerf, coll. L’histoire à Vif

·     L’Affaire Finaly, 1993, éd. Le Cerf, coll. L’histoire à Vif

·     Le Talmud et ses maîtres, 1993 (participation), éd. Albin Michel, coll. Présence du Judaïsme

·     Le judaïsme dans la vie quotidienne, 1992 (participation), éd Albin-Michel, coll. Présence du Judaïsme

·     Le vrai visage du judaïsme, 1987, éd. Stock, coll. Judaïsme-Israël

·     Judaïsme français et sionisme, 1975, éd. Albin Michel, coll. Présence du Judaïsme

·     Témoignage sur Israël, 1949, éd. Regain

·     Témoignage sur Israël dans la littérature française, 1938, éd. Lipschutz

Bibliographie

·     Jacob Kaplan 1895-1994 : un rabbin témoin du XXème siècle, 2007 par David Shapira, postface de René Samuel Sirat, et préface d'Alain Besançon – éd. Albin Michel ; Collection : Présence du Judaïsme

·     Etre Juif et Français : Jacob Kaplan, le rabbin de la République, 2006 par Haïm Korsia ; préface : Jacques Chirac – édition privée

·     Le livre du centenaire du grand rabbin Jacob Kaplan, 1997 collectif – éd. Agnès Viennot ; Collection : Histoire des Religions

  
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacob_Kaplan

 

Par Initiative Rabbinique - Publié dans : NOS GRANDS RABBINS CES HEROS
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

Présentation

Recherche

Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés