EDITO 1

Mercredi 17 octobre 2007 3 17 10 2007 21:18

 

L’EDITO du Rabbin Mikaël  Journo

 

 

LE RACHAT DE PRISONNIERS : UN ACTE ESSENTIEL POUR LE JUDAISME           

 

Dans la nuit du 24 au 25 juillet , le calvaire des infirmières bulgares et du médecin palestinien a pu prendre pris fin après huit ans et demi d’accusations mensongères, d’incarcérations abusives, de mauvais traitements et de faux procès, le tout sous la mise en scène du régime lybien du Colonel Khadafi.

Cette libération, après la visite à Tripoli de Madame Cécilia Sarkozy, l’épouse du Chef de l’Etat français, de Monsieur Claude Guéant, Secrétaire Général de l’Elysée, et de la Secrétaire chargé des Affaires Etrangères de l’UE, n’a pas manqué de susciter des interrogations dans l’opinion publique.

Si, avoir sauvé de la peine de mort, ces praticiens de la vie, a réjoui, à juste titre, la communauté internationale, des questions sur les conditions de cette libération demeurent.

 

La libération, oui, mais à quel prix ? L’existence d’un homme contre les intérêts d’Etat ? La morale face à l’immoralité politique ?      

A ces questions et à quelques autres, la tradition juive propose quelques éléments de réponses.

 

Notre patriarche,Abraham dont les qualités humaines de bonté et de générosité sont légendaires,.n’hésite pas un instant lorsque son neveu, LOTE est fait prisonnier. Se faisant littéralement violence,il  prend les armes, et le libère  !!

 

Depuis pour le judaïsme, le rachat des prisonniers est avant tout une obligation religieuse ,considérée comme une priorité absolue,un devoir fondamental . (Talmud, baba batra, 8 A).texte repris par  Maimonide dans son MICHNE TORAH  (Matanot hanyim, Chap 8, 12) ainsi que le  CHOULHAN AROUKH (Yoré DEA 252, 3).

 

« Si on n’agit pas rapidement pour assurer la délivrance d’un prisonnier, cela équivaut à répandre son sang. On  vendra un rouleau de la Torah pour racheter un prisonnier »(Tosefta, babatra 8, B) .

 

Plusieurs siècles plus tard,un grand sage,leMaharam de Rottenbourg fut, en 1286, jeter en prison.

L’empereur  Randolph 1er fit de sa vie , une marchandise. En effet en échange de sa liberté, il exigea une très forte rançon, à la communauté juive. Celle-ci avait déjà la réputation d’être riche et prospère… et... solidaire !  La communauté juive s’apprêta donc à recueillir la somme exigée, lorsque du fond de sa prison, le Rav trancha. Il recommanda  surtout de ne pas répondre à  ce vil marchandage, préférant mourir dans les geôles de ses bourreaux, plutôt que d’encourager ainsi, le kidnapping d’autres érudits juifs. Il mourut ainsi sept années après son arrestation.

 

Les sages, par la suite, fort  de cet exemple, en ont fait une jurisprudence. Ils se sont alors opposés à toutes rançons qui, à leurs yeux, leur paraissaient excessives, pour libérer un détenu injustement jugé. Cette attitude avait aussi pour but de ne pas laisser libre court à l’extorsion de fonds systématique, refusant ainsi  de créer tout précédent.

Les autorités juives ont toujours pensé que leurs coreligionnaires avaient le devoir de résister face aux exigences des preneurs d’otages. Quelques soit les circonstances ou les sentiments de compassion qu’on puisse avoir.

Dans le cas particulier de la libération des infirmières bulgares et du médecin palestinien, on ne peut que se réjouir de ce résultat. Et seul l’avenir nous enseignera le prix « matériel », le prix « politique » que nos démocraties auront eu à payer.. 

En attendant ,nos pensées joyeuses vont à leur famille et à tous ceux qui, dans leur entourage ont vécu, douloureusement, leur longue captivité.

Et nous ne cesserons de prier pour que les otages israéliens connaissent, certes plus rapidement, la même Happy - End !

Amen.

 

 

Rabbin  Mikaël JOURNO
President du Collectif pour L'Initiative Rabbinique (CIR)  

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Lundi 8 octobre 2007 1 08 10 2007 18:20
Etre pleinement  Juif  CAPG75CXCA1F2SMZCAY8MR08CASIU81SCA53T2C5CAHGG9IPCAJ1F42UCAPHY34ICA2BSZWXCAD7D6FPCACD7CZZCABI1R8LCAPI2ZJQCA74EFFZCATHPOKOCAX2SGYHCAGSQRQ8CAJE1S3DCAF9M6QT.jpg  en France   france-copie-1.gif



Jamais une Histoire entre un peuple plurimillénaire, acteur de la Bible, et celle d’un pays, berceau de la civilisation occidentale n’a été à ce point mêlé, imbriquées, confondues …

L’histoire des Juifs de France s’étend sur plus de 2000ans.

 

C’est ainsi que l’on  trouve des traces juives, dans l’ancienne France, jusqu’à l’époque gallo-romaine comme le souligne l’excellente étude de l’historien Philippe Bourdrel dans son ouvrage « Histoire des Juifs de France ». Selon lui, la présence des Juifs en France remonte au IVe siècle après J.C « On découvre leurs traces, aux points stratégiques du commerce : dans les grands ports, aux nœuds routiers et fluviaux, partout où se tiennent les marchés de troc et d’échange ».

On les croisera à Marseille, à Vienne, à Narbonne et à Lyon, mais aussi à Clermont-Ferrand, Poitiers, Dijon, Troyes.

Puis ils viendront s’installer le long des vallées fluviales : Toulouse, Bordeaux, Arles, Avignon jusqu’à Paris.

Venant de tous les horizons, l’afflux des Juifs en France ne cessera pas, car à leurs yeux,  La France c’est tout simplement, le seul endroit au monde, où ils sont  tolérés.

 

Cependant, les différents temps, de l’Histoire de France relativisent, cette  situation   paisible en apparence. Sera souvent  remis en question, jusqu’à mettre parfois son existence en danger, au gré et aux bons vouloirs, des intérêts des différents  régimes établis qui se succèderont.   

 

C’est par la  Révolution Française en 1791, sous l’impulsion de l’Abbé Grégoire, que les Juifs conquirent leur émancipation et devinrent des citoyens de plein droit.

 

En effet, le 17 mars 1808, un décret promu par Napoléon 1er va instituer et pérenniser la première grande Institution  juive de France et unique en Europe : le Consistoire dont la fonction principale consistera à  géré la vie juive de  l’hexagone.

 

Ce décret exceptionnel inspirera, moins d’un siècle plus tard, les législateurs de la promulgation de la loi de 1905 qui aboutira à la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

 

Malgré l’évolution progressive du statut des Juifs au sein de la société française, l’affaire Dreyfus, les lois antisémites de Vichy, la déportation de  plusieurs centaines de milliers de Juifs, l’extermination de plusieurs milliers d’entre eux,  les déclarations du Général de Gaulle qualifiant le peuple juif de « sûr de lui-même et dominateur » vont fragiliser les relations entre la communauté juive française, et l’Etat français.

Mais c’est en France, pays des droits de l’homme ,que la plupart de Juifs venus des pays germaniques ,de l’est de l’Europe, puis dans la seconde moitié du XX è siècle, les Juifs d’Afrique du Nord, éliront domicile .

Là, où les droits les plus droits les plus  élémentaires leur furent octroyés. Plus qu’ailleurs…

 Là, aussi, où culture juive et culture française pendant des siècles furent non seulement étroitement lié, mais fondues dans un même moule. S’il est vrai que les Juifs ont  marqué la France de leur science, ils ont su montrer leur capacité à s’intégrer, et manifester leur fidélité

 

Sans faille à leur Patrie d’origine, la France, elle, de son côté, faut-il le rappeler, leur a  offert une terre propice à leur développement et à leur épanouissement, un espace de liberté qui leur permettra d’exercer et d’organiser leur culte en toute liberté. A quelques exceptions près.

 

Il était utile de revenir, même succinctement, sur ces quelques pages d’Histoire au moment où une polémique tend à s’installer sur la place qu’occupe l’Alyah, -le retour en Israël- dans la communauté juive française, son opportunité et la répercussion  qu’elle provoque dans les rapports passionnés et  passionnels qu’entretiennent actuellement les Juifs de France  avec la Patrie de Rachi, de Proust, de Blum.

La communauté juive de France a, obligation, en permanence, d’être  vigilante et de ne jamais transiger sur les questions de la survie et de la sécurité de l’Etat d’Israël, de toujours montrer les liens indéfectibles qui l’unie à cet état et cette terre, d’être solidaire, dès qu’un danger le menace.

 

Cependant, la vocation des cadres communautaires n’est pas d’inciter la population juive, à plus d’Alyah, mais bien plutôt de la structurer et de mettre tout en œuvre pour son épanouissement et son rayonnement  afin qu’elle puisse exercer son culte dans les conditions les plus optimales.

 

Pour nous, Rabbins, un juif peut parfaitement bien vivre sa foi, son judaïsme en France, dès lors qu’il s’appuie sur des instituions solides, fortes sur leurs bases et leurs valeurs, à l’image du Consistoire. Rabbins et Présidents de communauté ont pour mission de faire tout leur possible pour faciliter la pratique religieuse. En matière de sécurité, il est du devoir et de la responsabilité du C.R.I.F. d’être le porte-parole de la communauté juive, auprès des pouvoirs publics dont on sait l’application qu’ils mettent à assurer leurs tâches.

 

L’amour inconditionnel pour Israël doit être, pour nous, Rabbins, indiscutable mais ce sentiment d’affection et d’amour  naturel, ne doit pas pour autant, effacer notre attachement à la France.

Le judaïsme doit pouvoir se vivre en France. Rien ne nous y empêche !

C’est pourquoi nous pensons que le judaïsme a  encore de longs et de beaux jours devant lui dans ce pays.

 

 

Rabbin Mikael JOURNO

Président du Collectif d'Initiative Rabbinique  

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Jeudi 26 juillet 2007 4 26 07 2007 23:15
 
  LE COLLECTIF D’INITIATIVE RABBINIQUE :
 
DES RABBINS CITOYENS AU SERVICE DES CITOYENS chronijuifs1.jpg
 
 
Le Collectif d’Initiative Rabbinique, créé depuis bientôt deux ans, réunit une génération de Rabbins dont l’objectif est d’aller au-delà des limites des fonctions qui leur ont été assignées pour tenter d’investir la sphère publique.
En effet, pour nous, la fonction de Rabbin n’est pas seulement  de se confiner  à l’étude  des textes de la Tora et de les interpréter, d’animer spirituellement une communauté, mais c’est aussi, et avant tout de pouvoir prendre position, avec clareté et sans ambiguïté, sur des thèmes de société. Sans exclusif. Sans tabou.
C’est pourquoi, nous n'hésiterons pas, chaque fois qu'il sera nécessaire, de réagir, d'intervenir dans le débat public, afin d’exprimer, de notre point de vue, l’opinion de la Thora et du judaïsme sur ces questions.
 
Faut-il le rappeler ? Le judaïsme ne se limite pas seulement à une religion, c’est-à-dire à une relation de l’homme au Divin. Le judaïsme embrasse tant l’espace privé que l’espace public.
A l’instar de nos grands-maîtres qui ont façonné l’Histoire d’Israël, qui ont assumé à la fois leurs rôles de guide spirituel, de guide politique et de guide social, nous, Rabbins, devons aujourd’hui nous tourner vers la société civile dans un esprit d’échange permanent et fructueux, afin d’aider les concitoyens de ce pays à comprendre les attentes du présent pour  mieux appréhender  les enjeux de demain. 
Nous devons, à l'exemple notre maître, Moïse, qui fut prince d’Egypte, ne pas nous contenter du "confort" de notre charge sacerdotale, mais  "sortir vers nos frères".  Nous pensons qu’il est temps, pour nous que nous soyons plus encore impliqués dans la société à laquelle nous sommes profondément attachés. Nous voulons être des membres actifs de cette société dans le strict respect d’un Etat laïc et fidèle à notre sentiment d’affection pour la nation et la république française.  
 
A travers l’étude des textes fondateurs et fondamentaux du judaïsme, nous avons notre propre regard sur le monde qui nous entoure. Partant de là,  nous avons aussi notre mot à dire et devons participer à l’enrichissement des  différents débats qui agitent   les différentes couches de la société française, mais également ceux qui préoccupent  la communauté juive.
 
Les réflexions et les actions qu'a déjà entrepris le Collectif d’Initiative Rabbinique que j’ai l’honneur de présider et qu'il poursuivra, ne s’adressent pas uniquement à la communauté juive, mais à tous. Sans exception. Sa démarche se veut ouverte sur la cité. Une passerelle entre le monde juif et le monde non-juif. Une nouvel engagement pour la communauté juive.
 
C’est parce que nous estimons que les Rabbins sont d’abord des citoyens que nous souhaitons nous mettre au service de nos concitoyens.
Le Collectif d’Initiative Rabbinique, un judaïsme ancré dans la République, à l'écoute du monde. Un judaïsme dans la droite ligne de l’esprit et  de la lettre de sa tradition multi-millénaire.
 
Rabbin Mikaël Journo
Président du Collectif  pour l’Initiative Rabbinique
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