L’EDITO du Rabbin Mikaël Journo
LE RACHAT DE PRISONNIERS : UN ACTE ESSENTIEL POUR LE JUDAISME
Dans la nuit du 24 au 25 juillet , le calvaire des infirmières bulgares et du médecin palestinien a pu prendre pris fin après huit ans et demi d’accusations mensongères, d’incarcérations abusives, de mauvais traitements et de faux procès, le tout sous la mise en scène du régime lybien du Colonel Khadafi.
Cette libération, après la visite à Tripoli de Madame Cécilia Sarkozy, l’épouse du Chef de l’Etat français, de Monsieur Claude Guéant, Secrétaire Général de l’Elysée, et de la Secrétaire chargé des Affaires Etrangères de l’UE, n’a pas manqué de susciter des interrogations dans l’opinion publique.
Si, avoir sauvé de la peine de mort, ces praticiens de la vie, a réjoui, à juste titre, la communauté internationale, des questions sur les conditions de cette libération demeurent.
La libération, oui, mais à quel prix ? L’existence d’un homme contre les intérêts d’Etat ? La morale face à l’immoralité politique ?
A ces questions et à quelques autres, la tradition juive propose quelques éléments de réponses.
Notre patriarche,Abraham dont les qualités humaines de bonté et de générosité sont légendaires,.n’hésite pas un instant lorsque son neveu, LOTE est fait prisonnier. Se faisant littéralement violence,il prend les armes, et le libère !!
Depuis pour le judaïsme, le rachat des prisonniers est avant tout une obligation religieuse ,considérée comme une priorité absolue,un devoir fondamental . (Talmud, baba batra, 8 A).texte repris par Maimonide dans son MICHNE TORAH (Matanot hanyim, Chap 8, 12) ainsi que le CHOULHAN AROUKH (Yoré DEA 252, 3).
« Si on n’agit pas rapidement pour assurer la délivrance d’un prisonnier, cela équivaut à répandre son sang. On vendra un rouleau de la Torah pour racheter un prisonnier »(Tosefta, babatra 8, B) .
Plusieurs siècles plus tard,un grand sage,leMaharam de Rottenbourg fut, en 1286, jeter en prison.
L’empereur Randolph 1er fit de sa vie , une marchandise. En effet en échange de sa liberté, il exigea une très forte rançon, à la communauté juive. Celle-ci avait déjà la réputation d’être riche et prospère… et... solidaire ! La communauté juive s’apprêta donc à recueillir la somme exigée, lorsque du fond de sa prison, le Rav trancha. Il recommanda surtout de ne pas répondre à ce vil marchandage, préférant mourir dans les geôles de ses bourreaux, plutôt que d’encourager ainsi, le kidnapping d’autres érudits juifs. Il mourut ainsi sept années après son arrestation.
Les sages, par la suite, fort de cet exemple, en ont fait une jurisprudence. Ils se sont alors opposés à toutes rançons qui, à leurs yeux, leur paraissaient excessives, pour libérer un détenu injustement jugé. Cette attitude avait aussi pour but de ne pas laisser libre court à l’extorsion de fonds systématique, refusant ainsi de créer tout précédent.
Les autorités juives ont toujours pensé que leurs coreligionnaires avaient le devoir de résister face aux exigences des preneurs d’otages. Quelques soit les circonstances ou les sentiments de compassion qu’on puisse avoir.
Dans le cas particulier de la libération des infirmières bulgares et du médecin palestinien, on ne peut que se réjouir de ce résultat. Et seul l’avenir nous enseignera le prix « matériel », le prix « politique » que nos démocraties auront eu à payer..
En attendant ,nos pensées joyeuses vont à leur famille et à tous ceux qui, dans leur entourage ont vécu, douloureusement, leur longue captivité.
Et nous ne cesserons de prier pour que les otages israéliens connaissent, certes plus rapidement, la même Happy - End !
Amen.
Rabbin Mikaël JOURNO
President du Collectif pour L'Initiative Rabbinique (CIR)
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