PARACHA DE LA SEMAINE

Jeudi 5 novembre 2009

PARACHAT VAYERA


Une nouvelle apparition

 

         La sidra de Lekh Lekha se conclut par la circoncision d’Abraham. La paracha de Vayéra s’ouvre sur une apparition de D… à Abraham. Le Midrach (Beréchit Rabba 48, 2) établit le lien entre ces deux passages grâce à un verset de Job (19, 26) : « Et par ma chair, j’ai contemplé D… ». Ce que le Midrach interprète : « Si je n’avais pas circoncis ma chaire, D… n’aurait pu se dévoiler à moi », comme si c’était la circoncision qui avait permis à D… de Se révéler au patriarche. C’est pourquoi « D… lui est apparu ».

 

         Cet enseignement est très curieux car la Torah dit bien que « D… est apparu à Abram»

avant même sa circoncision. Cf. Gen, 12, 7 et 17, 1.

 

         Dans son commentaire sur ce Midrach, le Rechach explique que l’apparition de D… à Abraham après sa circoncision était bien plus intense que celles qui l’ont précédé. C’est l’appréhension du divin qui s’est affinée. C’est le niveau de l’appréhension de la révélation qui s’est transformé par le biais de la circoncision.

 

         Dans son Peri Tsadik, Rabbi Tsadok Hacohen de Lublin propose une autre orientation : dans les deux occurrences où D… est apparu au patriarche, l’apparition avait un objectif bien défini : c’est au travers de cette apparition que D… parlait à Abraham. « D… est apparu à Abram et lui dit : c’est à ta descendance que Je donnerai ce pays », « D… est apparu à Abram et lui dit : Je suis Kel Chadaï ».

 

         Au début de Vayéra, D… apparaît à Abraham mais ne lui dit rien. Pas une parole, pas un mot. Après la circoncision, l’apparition trouve sa raison d’être en elle-même. Le patriarche sent la présence divine simplement, comme cela, pour rien.

 

         Preuve à l’appui : après la dernière apparition divine qui précédait la circoncision, le texte dit : « D… termina de parler à Abraham et le quitta ». L’apparition n’était jamais gratuite mais toujours motivée par une communication. Après la circoncision, D…. se trouve auprès d’Abraham, pour être près de lui.

 

Une présence, même silencieuse, même discrète, auprès d’Abrahm qui souffre de la circoncision, est déjà un bienfait en soi.

 

LA CIRCONCISION

         La circoncision se situe au niveau de l’organe sexuel :                         

-         Pour indiquer que l’alliance avec D.ieu recouvre tous les domaines de l’existant, y compris le domaine sexuel. La loi divine intègre même ce champ qui est l’un des plus instinctifs de l’humain, l’une des pulsions les plus puissantes qu’il faut canaliser vers l’alliance

-         Pour inculquer l’obligation de la transmission de l’alliance, elle est intergénérationnelle

-         La circoncision se situe à l’endroit le plus intime, le plus dissimulé. L’alliance subsiste toujours même si elle ne se manifeste pas

-         Pour rappeler que la poursuite de l’histoire juive n’a de sens que si elle est rattachée à la Torah

-         La circoncision aide aussi l’homme à résister à ses pulsions. Elle rappelle le devoir de résistance face à sa propre animalité. Le désir sexuel s’éveille beaucoup plus vite chez l’homme que chez la femme ; il est de plus concerné par un interdit qui lui est spécifique : l’interdit de perdre sa semence en vain. La circoncision sonne comme un rappel à l’ordre

-         Par ailleurs, il me semble que la mila fait entrer le garçon dans l’alliance mais que la petite fille juive, dés sa naissance, intègre l’alliance naturellement. Elle n’a pas besoin de marque particulière sur son propre corps, l’alliance est inscrite en elle : la judéité passe bien par la maman. Conformément à l’optique traditionnelle : la nature spirituelle de la femme est supérieure à celle de l’homme. La femme est, pour reprendre l’expression liturgique, « kirtsono, comme Sa volonté » c'est-à-dire dotée de facultés l’attirant naturellemnt vers D.ieu.

Rabbin Jacky Milewski

Par Initiative Rabbinique
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Dimanche 21 juin 2009

Chabbat chalom à tous !

            Les explorateurs partis visiter la terre promise sont au nombre de 12, un par tribu. Les deux tribus provenant de Joseph, Ephraïm et Menaché, sont naturellement représentées : « Pour la tribu d’Ephraïm, Hochéa fils de Noun. Pour la tribu de Joseph, la tribu de Menaché, Gadi fils de Soussi ». Nous remarquons que Joseph est mis en rapport avec Gadi et non avec Hochéa qui deviendra Josué. Comme si la filiation se révélait partielle !

            Rabbénou Be’hayé explique que Joseph est lié à Gadi car cet explorateur, avec neuf autres, médiront de la terre d’Israël. En ce sens, il réitère la faute de Joseph qui médisait sur ses frères (Genèse 37, 2). Gadi marche sur la mauvaise voie tracée par son ancêtre alors que Josué a réussi à rompre « une habitude familiale ».

            Deux points fondamentaux ressortent de ce petit développement :

-          Un acte réalisé par un homme a des répercussions sur les générations suivantes. Joseph est quelque part à l’origine de la médisance de son descendant. Le vécu du passé à des incidences évidentes sur le présent, même au niveau de l’utilisation de la parole.

-          Josué est parvenu à s’échapper de la « malédiction familiale » qui se traduisait par la médisance comme mode d’expression. Josué est le prototype de l’homme qui refuse de subir les traumatismes et les déficiences dont il a hérités.

Au plaisir de vous voir chabbat

Rabbin Jacky Milewski   

 

Par Initiative Rabbinique
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Vendredi 24 avril 2009

PARACHOT TAZRIA-METSORA

                                                            La connaissance des siens

 

            Lorsqu’une affection de la peau se déclarait, on emmenait l’homme en question chez un prêtre pour que celui-ci se prononce sur la pureté et l’impureté de celui qui était frappé dans ses tissus épidermiques pour avoir porter atteinte au tissu social par sa médisance. « Le prêtre verra la plaie » (Lev 13, 3). Le visionnement de la plaie par le prêtre est fondamental pour le prononcé du diagnostique : « le prêtre le verra et il le déclara impur » (ibidem).

Au-delà du rôle pratique du regard lors de l’auscultation, il semble que le regard participait, par son intervention, à la réparation des méfaits causés par une mauvaise utilisation de la parole. Avec un regard plus clairvoyant, plus distant de soi, plus compréhensif, l’homme n’aurait peut-être pas énoncé certains propos. C’est en changeant son regard que l’on transforme sa parole.

           
Le prononcé du diagnostique exige la présence d’un prêtre : « il sera emmené au prêtre » (Lev 13, 2). Mais si un prêtre est touché lui-même par une affection de la peau, a-t-il le droit de s’examiner lui-même et de se déclarer pur ou impur ? La Michna de Negaïm (2, 5) répond sans équivoque : « un prêtre examine toutes les plaies exceptées celles qui le frappent lui-même ».

Le verset dit bien : « il sera emmené au prêtre ». L’homme doit être conduit vers le prêtre. Le prêtre ne peut s’auto-diagnostiquer. On imagine bien l’une des explications possibles à cette modalité : l’homme est trop proche de lui-même pour se juger objectivement, sans arrière pensée ni ruse de la conscience. Le prêtre ne peut ici être son propre juge. Il a besoin, comme chacun, d’un prêtre incarnant la parole divine et gardien de la Torah et de la connaissance. C’est le caractère absolu de la loi qui aide l’homme à se juger, à se positionner lui-même dans l’économie morale du monde.

           

Puis, la Michna citée plus haut poursuit en exposant une discussion entre les Sages et Rabbi Méir : un prêtre a-t-il le droit d’examiner les plaies qui frappent ses proches ? Les Sages répondent par l’affirmative. Rabbi Méir soutient le contraire et cite le verset du Deutéronome (21, 5) : « Selon la parole [des juges] sera tranchée tout conflit, toute plaie… » : de même qu’un juge ne peut trancher dans un conflit où l’un de ses proches est concerné, de même un prêtre ne peut se prononcer sur la plaie frappant l’un de ses proches.

           
Peut-on avoir une vision claire, réelle et juste de nos proches ? La proximité familiale nous rend-elle naturellement subjectifs, donc cultivant une inexacte appréhension des choses ? C’est peut-être l’enjeu du débat qui oppose les Sages à Rabbi Méir.

Et fait, les deux points de vue sont justes car la réponse aux questions posées dépend de notre faculté de recul, de notre capacité à ouvrir les yeux et à reconnaitre la vérité. Tout dépend aussi de notre compréhension et de notre perspicacité.

Il n’est jamais aisé d’accepter qu’un proche ne soit pas exactement comme on aurait voulu qu’il soit ou comme l’idée que l’on s’en ait fait. La réécriture de l’histoire est alors un procédé classique mais illusoire.

           
La loi a été tranchée conformément à l’avis des Sages : un prêtre pourra examiner les plaies qui frappent l’un de ses proches. C’est peut-être là une manière d’inviter les hommes à ouvrir leurs yeux sur leur entourage, non pour faire mal ou se faire mal, mais au contraire, pour s’aider et aider, à l’instar du prêtre, à établir une relation juste, c'est-à-dire porteuse de paix.  

 

 

Rabbin Jacky Milewski

Par Initiative Rabbinique
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Jeudi 12 mars 2009

PARACHAT
KITISSA   
                                                                                       

 

             La loi, ni plus, ni moins

 

            Parole de D.ieu à Moïse : « Taille pour toi deux tables de pierre comme les premières et J’écrirai sur les tables les paroles qui figuraient sur les premières tables que tu as cassées » (Exode 34, 1). De l’épisode du veau d’or, s’imposent des conclusions fondamentales concernant la foi d’Israël. Le Rav Hirsch s’en fait l’écho dans son commentaire sur Exode 32, 1. Nous nous en inspirons pour la première partie de cette étude.

 

            A peine les éclairs de la révélation se sont-ils éloignés que déjà les enfants d’Israël transgressent le deuxième interdit du Décalogue, celui de l’idolâtrie, cette loi qui, à cette période de l’histoire, allait à contre courant de toute la civilisation,  cette loi qui isolait Israël des nations. Cette défense de la Torah n’était pas « moderne » pour l’époque et ne correspondait pas aux conceptions des sociétés environnantes.

            Avec le veau d’or, Israël connait son premier échec (si rapide !) de son épopée. Il ne parvient pas à se hisser aux exigences de la loi. Il faut en tirer les conclusions. Deux possibilités sont envisageables :

-         Modifier ou adapter la Torah, la rendre plus accessible aux hommes afin qu’ils n’aient pas trop de difficulté à s’y soumettre.

-         Ou réaffirmer l’absolu de la  Torah, son caractère éternel et immuable. Autrement dit, accepter l’échec et décider d’y remédier en impulsant une nouvelle énergie et en accouchant de l’humanité qui nous habite.

 

La première possibilité revient à refuser le dépassement, la lutte avec soi-même. Laisser l’homme en l’état. Ne pas le contrarier dans sa volonté d’inertie morale. La deuxième cultive une vision plus héroïque : l’échec est possible car l’application de la loi n’est pas toujours aisée mais l’échec peut être dépassé par le dépassement de l’homme et par la manifestation de son humanité.

 

« Taille pour toi deux tables de pierre comme les premières et J’écrirai sur les tables les paroles qui figuraient sur les premières tables que tu as cassées ». Les secondes tables sont comme les premières : la loi n’est pas modifiée parce que les hommes n’ont pas su l’appliquée. « D.ieu n’innove pas de nouvelles choses [après la crise du veau d’or] afin de prendre en considération nos faiblesses ». Au contraire, Il considère notre force et notre potentiel. Les secondes tables seront rigoureusement identiques aux premières, sans concession, avec les mêmes exigences. 

 

 

Avec les mêmes exigences signifie que D.ieu ne demande pas plus que ce qu’Il a demandé la première fois. Expliquons-nous : après le pardon accordé pour le veau, la Torah énonce les prescriptions des trois fêtes de pèlerinage, du rachat du premier-né, des prémices, de la défense de mélanger viande et lait… Or, un passage très similaire, comportant les mêmes injonctions, figurent dans la section de Michpatim (Exode 23) ! Le Malbim (sur Exode 34, 11) explique cette répétition ainsi: dans le cadre de la réconciliation entre D.ieu et Israël, surgit la notion d’alliance : « Voici Je contracte une alliance » (Exode 34, 10). Or, lorsque deux parties entrent en alliance, elles s’engagent toutes deux à réaliser un certain nombre de clauses. Moïse a pensé que cette nouvelle alliance exigerait de la part des enfants d’Israël l’accomplissement de nouveaux commandements (pour expier, en quelque sorte, le veau). En réalité, il ne s’agissait pas d’une nouvelle alliance mais du renouvellement de l’alliance sinaïtique. C’est pourquoi D.ieu enjoint de nouveau le peuple à observer les lois de la Torah, celles-là mêmes mentionnées dans la section de Michpatim.

      Il aurait été logique que les secondes tables de la loi soient plus sévères que les premières. Israël participe encore de l’alliance mais devrait répondre à des critères plus rigoureux que par le passé pour mériter cette confiance du renouvellement de l’alliance. « Taille pour toi deux tables de pierre comme les premières et J’écrirai sur les tables les paroles qui figuraient sur les premières tables ».

     

La loi, rien que la loi, ni plus, ni moins.

 

Rabbin Jacky MILEWSKI

Par Initiative Rabbinique
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Vendredi 27 février 2009

 

 

Paracha Terouma : une offrande pour D.ieu ( SOURCE VIE JUIVE.COM)

"L'Eternel parla à Moïse en disant : Parle aux Enfants d’Israël, qu'ils prennent pour moi un prélèvement" Exode 25,1. La difficulté de ce passage ne réside pas seulement dans l'idée elle-même d'un prélèvement mais également dans les termes employés. En effet, si la terre et le ciel et tout ce qu'ils renferment appartiennent à D.ieu, sur quel bien propre, l'homme peut-il opérer un prélèvement pour l’Eternel ? Le Roi David disait : "Car tout vient de Toi et ce qui vient de Ta main, nous Te le donnons" 1 Chron.29,14. Cette idée est mise en évidence par les termes employés dans la Paracha : "Veyiq'hou li" "qu'ils prennent pour moi", au lieu d’une expression plus courante "Veyitnou li", "et qu'ils me donnent, et qu'ils m'offrent"...

Certains de nos sages expliquent qu'en la matière, l’homme est effectivement dans l'impossibilité d’offrir quoi que ce soit à l'Eternel, puisque rien ne lui appartient en propre. La seule chose qui lui appartienne c’est l'intention qui accompagne son geste, la volonté d’être agréable à l'Eternel.

Gardons-nous d’une déduction hâtive que n'hésitent pas à faire beaucoup de nos coreligionnaires, suivant en cela un adage talmudique "D.ieu ne demande que le cœur" ou en d'autres termes "l'intention vaut l'action".

L’intention vaut-elle l’action ?

L'intention vaut effectivement l'action lorsque l'homme, empêché d'accomplir une action, a fait l'effort de l'entreprendre. Par contre, une simple intention, sans aucune tentative de réalisation, n'est d'aucune valeur. Exemple: j’ai envie de me rendre à la synagogue pour la prière du matin. A mi-chemin, un camion renversé bloque entièrement la circulation. Malgré mon désir de me rendre à la synagogue je ne peux y arriver. Dans ce cas, mon intention compte comme une action car seule une circonstance indépendante de ma volonté m’a empêché de réaliser mon action.

"Veyiqhou li". L’expression demeure difficile à comprendre. Que signifie « qu’ils prennent pour moi une offrande ? » D.ieu a-t-Il besoin de cadeaux ? Rachi traduit «li » par lichmi, pour moi, veut dire pour Mon Nom, pour la glorification de mon Nom. Cette idée constitue le fondement de toute la Création. « Tout ce qui est appelé de Mon Nom, c’est pour Ma gloire que je l'ai créé, formé et organisé » Isaie 43,7. Depuis la plus petite des créatures jusqu'aux phénomènes les plus impressionnants, tout a été créé pour la gloire de D.ieu.

Ben Ich 'Hai voit dans le mot Li de Veyiqhou, l’illustration d’une autre idée. Li est en effet composé de deux lettres, Lamed, la plus grande des lettres, la seule qui dépasse vers le haut l’alignement des lettres et le Yod, la plus petite des lettres que l'on peut à la limite confondre avec un point. Li est donc un symbole pour l’homme. Si l’homme recherche véritablement D.ieu, il peut le découvrir à travers toutes ses oeuvres, dans les plus petites créatures comme dans les phénomènes les plus grands. Toute la création se veut un hymne à la gloire de l’Eternel. On peut traduire ce concept fondamental en disant que rien n'existe pour soi-même. Tout est situé dans la dimension du sacré, toute la Création porte le sceau du divin.

Le sceau de D.ieu

La création du monde s’achève sur le septième jour. Or le septième jour, le Chabbath, symbole de la création, est également celui de la rédemption, de la libération. Par notre activité durant les six jours, nous participons au déroulement de l'histoire. Par la sanctification du Chabbath, nous prenons conscience des actes qui surpassent, ennoblissent et rachètent l’histoire. Le judaïsme véritable affirme le monde sans lui être asservi, prend part à la civilisation mais la transcende, conquiert l'espace mais sanctifie le temps. Or, le Chabbath est directement lié à l'Eternel : Chabbath Lachèm.

La Terouma, le prélèvement est donc une mise à part "d'une partie des biens de l'homme" pour le Nom de l'Eternel, c’est à dire pour sa gloire.

Une explication hassidique assimile Li à oti. D.ieu attend des hommes « qu’ils Me prennent » et non pas « qu’ils prennent en mon honneur ». Ce que D.ieu attend de l’homme, ce n’est pas un prélèvement sur la récolte mais que l’homme fasse entrer D.ieu lui-même dans sa vie. Si chacun sent la présence divine dans sa vie de manière familière, si la lumière divine illumine tous ses instants, alors il a réalisé toutes les aspirations d’un être vivant sur terre. L’Eternel nous demande de l’aimer d’un amour total, un amour de tous les instants, pour notre bonheur et pour l’éternité de notre âme. Toute notre être intérieur doit être illuminé par la Présence divine. Voilà le véritable sens de « qu’ils me prennent ».

Grand Rabbin Jacques Ouaknin
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Jeudi 5 février 2009

Mes  cher(e)s  ami(e)s,

 

Comme toutes les semaines nous  vous proposons un commentaire de la Sidra de la semaine original et intelligent. La Sidra BECHALA'H nous est  proposée par notre éminent  collègue et ami le Rabbin Jacky MILEWSKI  .

Le C.I.R vous souhaite de passer un très bon chabbat en famille , dans l’union et la concorde, sous les auspices de l’étude de la Torah .

Amicalement ,

Rabbin Mikael JOURNO

http://irpourdemain.over-blog.com/



PARACHAT BECHALA’H

           

Esthétique et Judaïsme

           

L’un des premiers versets du cantique de la Mer s’exclame : « C’est mon D… et je veux L’embellir », Le rendre beau (anvéhou) (Ex 15, 2). Dans son commentaire, Rachi explique : « Je raconterai Sa beauté et Sa gloire au monde entier ». Selon Rachi, rendre D… beau se réalise par le biais de la parole, du récit de Ses miracles aux hommes qui peuplent la terre.           

            Pour sa part, le Talmud (Chabbat 133b) comprend ce verset comme un appel à l’action: « Sois beau devant Lui en accomplissant les commandements : fais-toi une belle souca, un beau loulav, de belles franges rituelles, un beau rouleau de la Torah, écris-le avec une belle encre, une belle plume… ». « Je veux Le rendre beau » en Lui rendant un beau service. C’est donc dans le cadre de l’accomplissement des préceptes divins que s’inscrit la question de l’esthétique dans le judaïsme. Le beau est au service du bien (le beau n’est pas bien parce que beau mais bien parce qu’il sert le bien).

            Si la préoccupation esthétique surgit au détour de la Mer Rouge, c’est parce que l’esthétique ne peut devenir sujet de réflexion que lorsque l’homme n’est plus inquiété par l’oppression et la violence, c'est-à-dire que lorsque l’homme est libre. Un esclave songe au repos de son corps et non à ce qui est beau. C’est la liberté qui donne naissance au souci esthétique.  

            Prenons une illustration : le Choul’han ‘Aroukh (Ora’h ‘Haïm 32, 6) énonce à propos des parchemins des phylactères: « si le scribe ne sait pas écrire droit sans se référer à des lignes, il tracera toutes les lignes… ». L’écriture du texte doit être droite. La raison invoquée pour expliquer cette modalité est le verset « Il est mon D… et je veux Le rendre beau » (Michna Beroura 21). L’esthétique sert la droiture et la vertu.

            Suite du texte talmudique de Chabbat : « Abba Chaoul a dit : « Il est mon D… et je veux Le rendre beau (anevéhou) » signifie : Ressemble-Lui : de même qu’Il est plein de grâce et miséricordieux, sois plein de grâce et miséricordieux ». Rachi explique cet enseignement en écrivant que anevéhou est la contraction de ani, moi et de vehou, et Lui. Lui et moi forment une unité : « je vais faire de moi comme Lui, c'est-à-dire marcher dans Ses voies ». Peut-être pouvons-nous ajouter que lorsque l’homme applique l’imitation Dei et adopte les vertus divines, il se rend beau moralement et embelli par là même D… Lui-même puisque l’image divine est inscrite en lui.

            Il nous faut remarquer que si le premier enseignement visait l’esthétique du service religieux, le second évoque, lui, l’esthétique au service de l’éthique. Ce qui signifie que l’esthétique véritable n’a de sens que s’il se manifeste dans la relation qui nous lie à D… et dans celle qui nous lie à autrui (Torah Temima sur le verset).

            Si la question de l’esthétique ne se pose que pour l’univers artistique ou corporel ou domestique, alors il lui manque une dimension fondamentale : celle de l’humanité. L’homme est beau parce qu’il sert D… avec de beaux objets et il est beau parce qu’il est bon avec les autres hommes. Cette beauté ne souffre pas du temps qui passe. Au contraire, elle s’approfondit chaque jour.

 

                                              

Rabbin J.Milewski

 

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Jeudi 29 janvier 2009

Mes  cher(e)s  ami(e)s,

 

Comme toutes les semaines , le C .I .R vous propose  le commentaire de la Sidra de la semaine BO, proposé par notre collègue et ami le Rabbin Jacky MILEWSKI.

Le C.I.R vous souhaite de passer un excellent chabbat.

 

Très amicalement ,

Rabbin Mikael JOURNO

http://irpourdemain.over-blog.com/

                 PARACHAT BO

 

                                      L’étranger, l’esclave et l’éprouvé

 

         Les modalités de la consommation du sacrifice pascal sont exposées dans Exode 12, 8 : il s’agit de le griller et de le manger accompagné de pains azymes et d’herbes amères. Voyons le sens de ces trois éléments à la lumière du commentaire du Rav S.R. Hirsch.

 

         La structure de l’exil égyptien  reposait sur trois niveaux : les juifs étaient des étrangers, ils ont été des esclaves et ils ont souffert dans leur chair. Cette triple tragédie avait déjà été annoncée à Abraham lors de l’alliance des morceaux brisés : « Ta descendance sera étrangère…, on les asservira et on les fera souffrir » (Genèse 15, 13).

 

         Ce qui s’est réalisé au début de l’Exode : « on leur imposa des précepteurs d’impôts » (1, 11), l’impôt de l’étranger. Les juifs devaient payer l’air qu’ils respiraient et qui n’étaient pas le leur. « L’Egypte les a asservi » (1, 12) « et ils rendirent leur vie amère » (1, 13).

 

         C’est à ces trois malheurs que correspondent les trois expressions de la délivrance du verset 6 du chapitre 6 : « Je vous ferai sortir de la souffrance de l’Egypte, Je vous délivrerai de votre esclavage, Je vous libérerai », vous serez des hommes libres et non plus des étrangers. La quatrième expression (« Je vous prendrai comme peuple ») renvoie au don de la Torah.

 

         La hagada de Pessa’h divise les dix plaies en trois groupes : les trois premières, les trois médianes et les quatre dernières. La première plaie de chacune des trois séries 8sanctionne le pharaon et son peuple en leur montrant qu’ils sont eux-mêmes des étrangers en Egypte. Le sang vient envahir le Nil, leur divinité et le peuple est bousculé dans sa propre terre par les bêtes sauvages et la grêle. L’Egypte subi des invasions qui lui font perdre le sentiment de se trouver chez elle.

         La deuxième plaie de chacune des trois séries punie le pharaon et son peuple pour avoir asservi Israël. Faire d’un homme son esclave provient d’un sentiment de supériorité et d’une confiance totale et extrême dans ses richesses et ses biens. C’est pourquoi les grenouilles, qui d’habitude fuient dés qu’on les approche, vont humilier les égyptiens. Puis la peste anéantira les chevaux, symbole de puissance, et les ânes et les chameaux chargés de transportés les trésors de pharaon. Enfin, les sauterelles s’abattront sur les richesses agricoles du pays.

         La troisième plaie de chacune des trois séries (les poux, les ulcères et l’obscurité) fera ressentir aux égyptiens ce qu’ils ont fait endurer aux juifs dans leur chair. Eux aussi vont expérimenter la souffrance (commentaire sur 7, 15).

 

         C’est ainsi aussi que l’on comprend la triple interdiction concernant le levain à Pessa’h : interdiction d’en consommer, d’en tirer profit et de le posséder. L’interdiction de posséder du levain rappelle le caractère étranger des juifs puisque celui qui est considéré comme étranger dans un pays n’a pas toujours les droits juridiques pour défendre ses biens. Les multiples  spoliations de la Choa le démontrent amplement. La prohibition de tirer profit renvoie au fait que les juifs d’Egypte ne connaissaient pas le plaisir. Enfin, l’interdit de manger le levain correspond à l’esclavage où les juifs travaillaient mais ne mangeaient pas de leur travail (commentaire sur 12, 19-20). 

 

         Nous saisissons enfin les trois modalités de la consommation du sacrifice pascal : les herbes amères renvoient à la souffrance. Les pains azymes qui n’ont pas eu le temps de monter rappelle l’esclavage qui privait les juifs de leur temps et qui devaient réaliser leur besogne toujours plus vite, sans quoi les coups de fouet tombaient. Enfin, le sacrifice grillé et non cuit dans une marmite fait allusion au caractère étranger des juifs en terre pharaonique. Sans pouvoir se reposer sur une base solide, déconnecté du sol, suspendu en l’air autour de la broche, la viande représente cet étranger dont la condition est la précarité et qui ne dispose pas de quoi attacher sa présence sur une terre qui n’est pas la sienne.

 

Rabbin J.Milewski

 

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Mercredi 14 janvier 2009

CHEMOT

Je serai qui Je serai

           

Lorsque Moïse demande à D… de lui révéler Son Nom, D… répond : « Je serai qui Je serai, Ehyé acher Ehyé ». Et Il ajoute « Ehyé m’a envoyé vers vous [les enfants d’Israël] » (Exode 3, 14).

            Rabbi Méïr Sim’ha de Dvinsk (Méchekh ‘Hokhma sur Exode 3, 14) propose le développement suivant : la valeur numérique du terme Ehyé est de 21. 21 est le nombre de mentions du Nom de D… dans chacun des deux phylactères (celui du bras et celui de la tête). De sorte que la redondance du terme Ehyé équivaut à 42, soit le total des mentions du Nom de D… dans les deux phylactères.

            Or si le tétragramme, le Nom de D… de 4 lettres, est connu, un autre Nom divin se compose de 42 lettres. Plusieurs enseignements sont d’ailleurs consacrés à ce Nom au traité Kidouchin (71a), notamment les qualités morales que devait cultiver une personne pour qu’on puisse lui transmettre ce Nom. Ce dernier pouvait, par exemple, être utilisé par le Grand Prêtre lors de la bénédiction des prêtres. Aujourd’hui, nous ignorons la composition de ce Nom.

            Selon la halakha, on pose d’abord le phylactère du bras, puis celui de la tête de sorte que lorsque le phylactère de la tête est posé, le Nom de 42 lettres est constitué par le nombre de mentions du Tétragramme.

            « Et tous les peuples de la terre verront que le Nom de l’Eternel est appelé sur toi et ils te craindront » (Deutéronome 28, 10). Selon le Talmud (Mena’hot 35a), ce verset fait référence au phylactère de la tête. Ce qui signifie que le Nom de 42 lettres renvoie à la manifestation éclatante de D…, à la Providence dévoilée et présente dans l’histoire qui accompagne Israël et emplie les nations de frayeur.

            Quand seul le phylactère du bras est posé, les 21 mentions du tétragramme font allusion à la Providence discrète, dissimulée, cachée, puisque le Nom de 42 lettres n’est pas atteint.

            Nous retrouvons cette idée dans le Choul’han ‘Aroukh (Ora’h ‘Haïm 27, 11) où il est énoncé qu’il est bien que le phylactère de la tête soit découvert et visible. La Michna Beroura (ibidem 47) précise qu’a priori, il est bien de recouvrir le phylactère du bras.

 

            Nous pouvons alors revenir au verset cité en exergue :

 «Ehyé acher Ehyé » désigne D… comme Se manifestant aux yeux de tous. « Ehyé m’a envoyé vers vous [les enfants d’Israël] » renvoie à la Providence dissimulée.

            Selon cet éclairage, quand Moïse dit à D… que les enfants d’Israël demanderont : « Quel est le Nom de D… ? », il veut dire que les enfants d’Israël voudront savoir selon quel mode D… libèrera Israël : de manière manifeste ou selon un processus naturel (fin du développement du Méchekh ‘Hokhma).

            La réponse sera double : «Ehyé acher Ehyé…, Ehyé m’a envoyé vers vous ». Moïse ira demander à pharaon de libérer Israël. L’échec du processus naturel conduira à une série de prodiges pointant clairement le Créateur du doigt.

Rabbin Jacky MILEWSKI

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Vendredi 5 décembre 2008

Haftarat Vayétsé

 

Le prophète Hochéa nous présente deux types de Techouva, de repentir : une Techouva jusqu’à Dieu (en hébreu : ad hachem) et une Techouva vers Dieu (en hébreu : el hachem).

Dans sa remontrance au peuple juif profondément engoncé dans la faute, le prophète Hochéa déclare en effet : « Reviens, Israël, jusqu’à l’Eternel ton Dieu ; car tu n’es tombé que par ton péché. Armez vous de paroles (l’étude et la prière) et revenez vers l’Eternel. » ( Hochéa, 14,2-3).

Cette différence, nous la retrouvons chez le prophète Yoël qui affirme : «  Revenez jusqu’à Moi…Retournez vers l’Eternel « (Yoël 2,12,13), ainsi que chez Jérémie : « Retournons jusqu’à l’Eternel… Elevons nos cœurs…vers l’Eternel »( Eykha 3, 40-41).

Le hasard, comme on le sait, n’existe pas dans la Bible.

Le Talmud explique : Une conduite louable mais intéressée parvient jusqu’au ciel, tandis qu’un comportement désintéressé parvient plus haut que le ciel ( Pessa’him 50b).

Le Rav  Kook a dit un jour : “ La véritable Techouva procède de l’intimité et même si elle est recouverte d’enveloppes qui lui font écran, aucune force ne pourra l’empêcher d’arriver à son aboutissement et de faire obstacle à l’épanouissement de la lumière.”

C’est pourquoi nous sommes optimistes. Nous sommes persuadés que les juifs qui ont fait Techouva jusqu’à Dieu feront un jour également Techouva vers Dieu et deviendront tous des amoureux de la Torah.

 

Rabbin Didier   WEILL

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Mercredi 26 novembre 2008

    MAHARAT HAMAHPELA

 

 

Le texte nous entretient de la vieillesse de DAVID, de la tentative de son fils ADONIAS de s’emparer du pouvoir du vivant de son père, des efforts conjugués du prophète NATHAN et de BETHSABEE, l’épouse du roi de garantir la royauté pour SALOMON. 1° v. 1 à 4 : DAVID et AVISHAG la Sunnamite chargée de le servir sans relation intime avec elle. 2° v. 5 à 10 : ADONIAS et ses factieux. Il omet de convoquer le prophète NATHAN et le futur roi SALOMON. 3° v. 11 à 14 : Le conseil donné par le prophète NATHAN à BETHSABEE pour convaincre le roi de ne transmettre la royauté qu’à son fils SALOMON. 4° v. 15 à 21 : BETHSABEE se rend chez le roi et plaide la cause de son fils. 5° v. 22 à 27 : NATHAN pénètre chez le roi et complète l’argumentation de BETHSABEE. 6° v. 28 à 31 : Déclaration solennelle de DAVID.

 

Les convergences et les divergences entre le texte de la Torah et celui de la Haphtara. Dans les deux textes, nous sommes en présence de deux chefs de familles : ABRAHAM et DAVID. Ceux-ci, à l’approche de leur mort, 175 ans pour le premier, 70 ans pour le second, sont préoccupés par leur succession destinée à poursuivre l’œuvre de leur vie. ABRAHAM a pour principal souci de trouver une femme pour son fils ISAAC, son héritier matériel et surtout spirituel. Elle doit correspondre à ses aspirations pour éviter qu’ISAAC n’épouse une fille de CANAAN. L’on connaît la mission confiée au serviteur ELIEZER pour mener à bien la recherche de l’épouse idéale.

 

Le résultat ne pouvait que satisfaire le patriarche ABRAHAM, comme nous le laisse entendre le texte de la paracha. C’est le même genre de préoccupation qui anime le roi DAVID. Celui-ci, âgé (pour l’époque), fatigué et usé par quarante années de guerre et de pouvoir destiné à établir une royauté solide, il veut placer sur son trône celui de ses fils qu’il juge le plus digne, SALOMON.

 

Dans les deux cas de figures, ce ne sont pas les fils aînés, ISMAËL pour ABRAHAM ou ADONIAS pour DAVID qui méritent la confiance paternelle. Ce sont les fils plus jeunes méritant de succéder à leur père, en raison de leur proximité idéologique.

 

Un autre point de rapprochement entre la paracha et la haphtara consiste dans les deux cas à nous parler de l’âge avancé des deux personnages bibliques. Pour ABRAHAM, il est écrit : « Et ABRAHAM était vieux, avancé dans la vie » (Genèse XXIV, 1) De même pour DAVID, il est écrit : « Le roi DAVID était vieux, chargé de jours » (I Rois I, 1) Par contre, les différences entre les deux textes sont bien plus nettes .

 

ABRAHAM, bien que très âgé, a gardé toute sa vigueur, capable de prendre des initiatives, ayant toute sa lucidité mettant toute sa confiance en D.ieu. Ce n’est pas le cas de DAVID. Autant le patriarche était-il alerte malgré une vieillesse certaine, autant le Roi DAVID était un roi vieux, s’éloignant des activités fébriles de la politique de la cour.

 

Il n’a même plus la force physique au point de devoir recourir au concours d’une sorte d’infirmière chargée de le réchauffer. C’est en fonction de pareille situation qu’il est urgent de régler la question de la succession au trône royal. Le prophète NATHAN indique à BETHABEE l’épouse du roi et la mère de SALOMON les propos qu’elle devra tenir au roi. Et quand il pénètrera chez le roi comme convenu entre eux, pour compléter avec souplesse l’intervention de BETHSABEE, en courtisan avisé.

 

Il présente les choses différemment, pour obtenir l’effet escompté. Les différences sont également perceptibles en ce qui concerne les enfants. ISAAC n’apparaît que comme « le fils de son maître », selon l’expression du serviteur ELIEZER. Sans l’ombre d’une opposition, le fils accepte l’ordre de son père, ce qui aura une certaine répercussion sur le cours de son existence. Quel contraste que celle de l’attitude d’ADONIAS s’opposant avec fébrilité à son père. Une sérénité presque idyllique règne dans la maison d’ABRAHAM, face à l’ambiance tendue que l’on ressent à la cours royale de DAVID. Alors que le père est encore en vie, l’un des fils cherche à s’assurer la royauté, par le fait accompli. On voit ici un net contraste entre un foyer de l’époque des patriarches et le palais d’un roi.

 

L’avenir du premier est assuré d’une solidité certaine plus forte que celui d’une prestigieuse royauté, dans laquelle on perçoit déjà les premiers signes de dégradation et d’effritement. Nous pouvons déterminer ainsi, pour ce qui est du rapport entre la Paracha et la Haphtara, que le choix par les rabbins, du chapitre biblique retenu, montre une similitude entre les deux textes et de façon encore plus nette les contrastes.

 

Le texte de la Haphtara a pour nous d’autant plus de valeur qu’il nous montre et nous fait ressentir clairement la grande simplicité et le reflet de la droiture que nous observons dans le texte de la Torah. Le Midrash a su relier les figures d’ABRAHAM et de DAVID, tous deux âgés, en faisant ressortir le fait que la vieillesse mérite le respect uniquement obtenu par la recherche de la justice. Voici ce que nous rapporte le YALKOUT CHIMONI (texte midrachique) paragraphe 166 : « Le Roi DAVID était âgé, chargé de jours ». C’est ce que dit le verset : « La haute vieillesse est une couronne d’honneur ». (Proverbes XVI, 31) De qui l’apprend-on ? D’ABRAHAM, à propos duquel il est écrit : « ses descendants observeront la voie de D.ieu en pratiquant le droit et la justice » (Genèse XVIII, 19). Il parvint à « une vieillesse heureuse » (Genèse XXV, 8). De même, DAVID devint âgé, méritant lui aussi ce privilège, parce qu’il « a agi avec justice et équité envers son peuple » (II Samuel VIII, 15).

 

Les Rois et les Prophètes dans les livres des premiers prophètes en ajoutant ce qui est relaté dans le Livre des Chroniques. La Haphtara nous présente la figure du prophète NATHAN. Il nous paraît intéressant de consacrer notre étude aux rapports mutuels entre le ROI et le PROPHETE selon les livres historiques - ceux des premiers prophètes et le Lvre des Chroniques. Nous en extrairons le rôle des prophètes et l’essence du prophétisme. Quels étaient les rapports entre la prophétie et la royauté à l’époque des premiers rois ? Selon l’historien YEHESKIEL KAUFMANN, dans son ouvrage « Histoire de la Foi Juive » (Tome IV, page 110), la royauté de SAÜL était enracinée dans la prophétie. Sa royauté progresse à partir du terreau de la prophétie. Celui qui prophétise à cette époque devient un JUGE SAUVEUR.

 

Le Juge devient Roi. SAMUEL instille en SAÜL l’esprit de prophétisme en lui parlant et en l’oignant d’huile sainte le nomme ROI. Les premiers dirigeants du peuple étaient des personnages à qui D.ieu est apparu. MOÏSE, a unifié en sa personne le pouvoir royal et celui de la prophétie.

 

Bien que JOSUE ne fut pas désigné sous le vocable de prophète, il a pu en maintes occasions bénéficier d’apparitions de la part de D.ieu. Il est également comme d’autres prophètes réalisant des miracles, été compté parmi les dirigeants servant de modèles, sans adjonction du titre royal. DEBORAH et SAMUEL, et même GEDEON, ont eu le privilège d’apparitions divines.

 

Dans la plupart des cas, le texte nous indique que l’esprit divin a réussi à se poser sur eux. Nous avons l’exemple d’OTHNIEL ben KENAZ (JUGES III, 10), de JEPHTE (JUGES XI, 29), de SAMSON (JUGES XIII,25 et XIV, 6). Nous retrouvons la même chose chez les trois premiers rois - SAÜL, DAVID et SALOMON.

 

Ainsi pour SAÜL, nous lisons à deux reprises qu’il fut saisi par l’esprit divin (I SAMUEL X, 12 et I SAMUEL XIX, 24) « Est-ce que SAÜL est aussi parmi les prophètes ? » DAVID parlant de lui-même dit : « L’esprit du Seigneur a parlé par ma bouche, son verbe repose sur ma langue » (II SAMUEL XXIII, 2) Ce même DAVID aura aussi le privilège de voir apparaître un ange (II SAMUEL XXIV, 16-17).

 

Comme l’on sait, D.ieu est apparu au Roi SALOMON dans un songe (I ROIS III, 5 à 14 - IX, 2-9 et XI, 11-13). Ce n’est qu’à partir de ROBOAM fils de SALOMON que nous trouvons des rois très pieux auxquels D.ieu ne s’adresse pas directement mais par l’intermédiaire des prophètes.

 

Aucun autre roi ne bénéficiera désormais d’une apparition divine directe. Nous voyons ainsi les rois dans leur rôle premier par rapport aux prophètes. Ainsi, c’est SAMUEL qui oindra SAÜL en tant que roi (I SAMUEL X, 1) et il utilisera la même corne contenant l’huile d’onction pour en oindre DAVID (I SAMUEL XVI, 13). Le Roi SALOMON sera oint conjointement par le Grand-Prêtre TSADOK et le prophète NATHAN dont nous avons déjà parlé précédemment (I ROIS I, 34).

 

C’est A’HYYA de SILO, qui par le symbole d’un manteau neuf déchiré, dont il remettre dix morceaux, nommera JEROBOAM, roi d’ISRAËL. Le prophète ELISEE, par l’intermédiaire d’un des jeunes prophètes, fera oindre JEHU en lui disant : « prends cette fiole d’huile et rends-toi à RAOT-GALAAD. Arrivé à destination, enquiers-toi de JEHU, fils de SOSAPHAT, fils de NIMCHI.

 

Une dois admis en sa présence, tu l’engageras à se levers du milieu de ses frères d’armes, et l’introduiras dans une chambre retirée. Prends alors la fiole d’huile , répands-la sur sa tête en disant : « Ainsi a parlé l’Eternel ; : Je te sacre soi d’ISRAËL. » (II ROIS IX, 1-3). Le prophète utilise son don auquel font également appel les rois pour connaître l’avenir et ce qui été décrété au ciel.

 

Sur le conseil de son serviteur, SAÜL d’adresse à SAMUEL le VOYANT pour connaître le lieu où se sont égarées les ânesses de son père (I SAMUEL IX, 6-10) Le fils de JEROBOAM est tombé très malade et se trouvant en danger de mort. Ce roi envoya son épouse chez A’HYYA de SILO, et par peur ou honte, sachant qu’en le désignant Roi, ce prophète ne pensait qu’il tournerait mal, la femme se déguisa. Mais le prophète la reconnut, lui annonça de funeste nouvelles pour l’enfant le devenir du royaume (I ROIS XIV, 1-16).

 

Lors des départs en guerre, on se tournait vers l’homme de D.ieu pour qu’il indique qu’elle sera l’issue des combats. Dans l’alliance militaire entre ACHAB, le roi d’ISRAËL et JOSAPHAT roi de JUDA, le roi fidèle à D.ieu présente la demande suivante : « N’y a-t-il pas ici encore un prophète de l’Eternel que nous puissions interroger « (I ROIS XXII, 7).

 

Remarquons au passage, que seuls les prophètes mensongers s’entouraient de beaucoup de monde, tandis que les prophètes authentiques agissaient seuls. Les Rois ne s’adressaient pas aux prophètes uniquement dans les situations dangereuses liées à la guerre.

 

Nous avons des situations où les rois se concertaient avec les prophètes pour des décisions importantes ou des questions touchant à la Foi. Après avoir affermi sa royauté par les victoires décisives sur les ennemis qui l’entouraient, DAVID se concerte avec NATHAN pour la construction du Temple devant se substituer au Tabernacle transitoire contenant l’Arche Sainte.

 

Une lecture approfondie du texte nous permet de faire la différence entre les paroles du prophète prononcées à titre personnel ou celles du messager de D.ieu. C’est ce que nous voyons à propos de ce projet de construction. Tout d’abord NATHAN confirme à DAVID qu’il fait bien d’envisager un tel projet. Mais D.ieu s’adressant à NATHAN dans une vision nocturne, le charge d’aller annoncer à DAVID que ce ne sera pas lui mais son fils SALOMON qui réalisera cette grande oeuvre, du fait qu’il a mené trop de guerres et que ses mains sont souillées de sang (II SAMUEL VII, 1 - 17).

 

A l’époque de la royauté de JOSIAS, en procédant à la réfection du Temple, on a retrouvé un Livre de la Torah. Ce roi en fut profondément troublé, du fait du relâchement des pratiques religieuses par ses contemporains. Ne sachant que faire après cette découverte, le Roi s’adresse au Grand-Prêtre ‘HILKYYA et au Scribe CHAFAN en leur recommandant ceci : « Allez consulter l’Eternel pour moi, pour le peuple, pour tout JUDA, ai sujet de ce livre qu’on vient de trouver, car grande est la colère divine allumée contre nous par le refus de nos ancêtres à écouter et à pratiquer les commandements qui nous sont prescrits dans ce livre ». (II ROIS XXII, 13). Dans quelle mesure le prophète ne sert-il que d’intermédiaire et uniquement cela ? Nous le voyons pour le cas de la maladie grave dont est frappé le Roi EZECHIAS.

 

En lisant le passage concerné, nous constatons combien il en ressort que le prophète transmet le message de D.ieu auquel il s’en remet, en effaçant toute marque personnelle. Voici donc ce que nous lisons : « En ce temps-là, EZECHIAS fut atteint d’une maladie mortelle.

 

Le prophète ISAÏE, fils d’AMOTZ, lui rendit visite et lui dit : « Ainsi parle l’Eternel : donne des ordres à ta maison, car tu vas mourir ; tu ne te rétabliras pas. Dans notre Haphtarah, nous constatons le caractère spécifique de la position du prophète NATHAN.

 

Il n’agit pas en tant que conseiller du Roi, ni comme celui qui rapporte la parole divine, mais il doit arranger la situation avec intelligence, pour se réalise le serment fait par DAVID au nom de D.ieu, pour que son fils SALOMON lui succède.

 

Mais du fait qu’il ne paraît pas ici comme messager de la parole divine mais comme celui qui a le souci selon lequel le Roi DAVID ne commettra pas de parjure, l’on comprend les précautions que NATHAN est amené à prendre témoignant d EZECHIAS tourna la face vers le mur et implora l’Eternel en ces termes : « De grâce », Seigneur, daigne te souvenir que j’ai marché devant toi fidèlement et d’un cour sincère, et que j’ai fait ce qui te plaît ! » Puis il éclata en longs sanglots .

 

ISAÏE n’avait pas encore quitté la cour du milieu, quand l’Eternel s’adressa de nouveau à lui : « Retourne pour dire à EZECHIAS, le souverain de mon peuple : Ainsi parle l’Eternel, le D.ieu de DAVID , ton père : J’ai entendu ta prière et vu tes larmes, je te guérirai, et le troisième jour tu monteras dans la maison de D.ieu » (II ROIS XX, 1-6). u comportement d’un courtisan avisé et expérimenté.

 

On dirait que ce n’est pas le même homme qui avait osé reproché fermement à DAVID la faute qu’il avait commise en prenant BETHSABEE, l’épouse de son capitaine URIE qu’il avait envoyé à la mort.

 

En général comme c’est son devoir, et NATHAN l’a montré dans plusieurs cas, le prophète n’hésite pas à sermonner le Roi en cas de défaillance morale ou religieuse de sa part. Il n’admet aucune excuse. Nous le voyons dans le cas de SAÜL n’ayant pas totalement anéanti AMALEC comme celui avait été ordonné par SAMUEL.

 

Malgré ses arguments de défense, SAMUEL dit à SAÜL : « Des holocaustes, des sacrifices ont-ils autant de prix aux yeux de l’Eternel que l’obéissance à la voix divine ? Puisque tu as repoussé la parole de l’Eternel, il te repoussera de la royauté. » (I SAMUEL XV, 22-23) Le Prophète est donc celui qui ose avec force et courage montrer au Roi les erreurs et les fautes dont il a pu se rendre coupable. Pareille attitude peut dans de nombreux cas valoir la colère et l’animosité du roi. Il est d’ailleurs intéressant de noter que cela vaut aussi bien pour les Rois de JUDAH que pour ceux du royaume d’ISRAËL

 

Les rapports entre les deux parties peuvent parfois être tendus et conflictuels, et valoir au Prophète d’être chassé de la cour, voire même d’être en danger de mort. Ce fut le cas entre pour le prophète ELIE opposé au roi ACHAB. Il y eut aussi des cas où le Roi accepte d’obéir au Prophète, même dans un cas de politique militaire. C’est ce que nous voyons lorsque ROBOAM, le fils de SALOMON voulant attaquer les dix tribus d’ISRAËL qui avaient fait sécession, vit apparaître le prophète dénommé CHEMAYA lui intimant sur ordre de D.ieu de renoncer à combattre les soldats du royaume d’ISRAËL. (I ROIS XII, 21-22).

 

En général, les prophètes ne trouvaient pas d’oreille attentive à leurs déclarations. Nous avons cependant le témoignage de poids quant à l’obéissance aux paroles des prophètes et que nous trouvons dans un récit rapporté dans le Livre des CHRONIQUES relatif au Royaume d’ISRAËL. Il s’agit d’ACHAZ roi de JUDAH attaqué par les royaumes d’ARAM et ISRAËL qui s’étaient ligués contre lui. De nombreux prisonnier de JUDAH tombèrent aux mains des ennemis.

 

C’est alors qu’apparut un prophète du nom de ODED, exigeant la libération des prisonniers, et sa demande fut prise en considération. Voici le fin du récit : « Les hommes désignés nominativement se levèrent, se saisirent des captifs ; tous ceux qui étaient nus, ils les vêtirent d’habits pris du butin, les habillèrent, les chaussèrent, leur donnèrent à manger et à boire, les frictionnèrent, conduisirent à âne tous ceux qui trébuchaient, les menèrent à JERICHO, la ville des palmiers, auprès de leurs frères et revinrent à SAMARIE » (II Chroniques XXVIII, 15).

 

Parmi tous les exemples souvent conflictuels entre les rois et les prophètes que nous avons pu trouver, nous avons avec ce dernier texte, l’exemple selon lequel l’intervention d’un prophète auprès d’un roi pouvait déboucher sur un minimum d’humanité envers les prisonniers, ce qui n’est pas toujours le cas, même de nos jours, y compris dans les démocraties les plus avancées.

 

 

Alain Goldmann

Grand Rabbin

Par Initiative Rabbinique
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