Dimanche 24 mai 2009

Publié le 23/04/2009 N°1910 Le Point

Le bloc-notes de Bernard-Henri Lévy - Pourquoi il faut commémorer les morts de la Shoah

Bernard-Henri Lévy

Ne faut-il pas, demandent certains, laisser les morts enterrer les morts et l'oubli, le bon oubli, cicatriser les blessures du passé ? Oui, bien sûr, il le faut. Et rien n'est, d'ailleurs, plus conforme aux commandements de la Torah que cette injonction évangélique d'enterrer vite, une fois pour toutes, les morts. Sauf... Oui, sauf quand ce sont des morts qui ne sont, justement, pas enterrés. Sauf quand ce sont des morts dont la mort même impliquait qu'elle fût sans tombe. Sauf quand ce sont des morts dont il était prévu qu'ils ne laissent, nulle part, de trace. Alors, oui, il appartient aux vivants d'être les tombeaux vivants de ces morts. Et alors oui, par exception, il est du devoir des survivants de porter en eux le souvenir de ces pères qui auront, à jamais, l'âge de leurs enfants. Nous sommes les tombeaux de nos pères... Ces morts, ces pauvres morts, ont de grandes douleurs... Ce sont les mots de Baudelaire. C'est le cas de la Shoah.

Ce crime, dit-on encore, fut un grand crime. Mais où voyez-vous qu'il soit plus grand que d'autres ? et pourquoi, dans cette suite de crimes qu'est l'histoire des hommes, cette place d'exception ? Il ne s'agit pas de cela, naturellement. Et rien n'est plus étranger à la tradition juive que cette idée d'établir, entre les morts, quelque hiérarchie que ce soit. Sauf qu'il s'est produit là un événement sans précédent. Et c'est un projet de mise à mort qui impliquait, non seulement l'absence de trace, mais l'impossibilité pour les victimes de trouver un lieu, un seul, où se dérober à leurs bourreaux. Les victimes des autres génocides pouvaient, en théorie, et pour peu qu'ils trouvent asile dans un pays voisin, échapper aux assassins. Pas d'échappatoire pour les juifs. L'Europe entière et bientôt, en théorie, le monde devenus un piège immense. Une extermination-c'est cela qu'elle eut de singulier-qui, parce qu'elle se voulait sans reste, ne laissait aucun recours.

Cette notion d'extermination sans reste est importante pour une autre raison, concrète-et cette raison, c'est Israël. Car, à nouveau, on entend : « oui, d'accord, un crime ; oui, à la rigueur, un crime singulier ; mais les survivants de la tragédie, pourquoi les avoir installés dans la seule partie du monde qui ne trempa pas dans le crime et qui est le monde arabe ? » Réponse, encore : c'est le monde même qui fut ce piège ; il n'y eut pas une partie du monde où ne souffla le mauvais vent de cette mort ; et le monde arabe ne fut pas en reste dans ce projet d'extermination sans reste. Nous avons, aujourd'hui, toutes les informations sur la question. Nous avons les Mémoires du grand mufti-hitlérien-de Jérusalem. Nous avons les travaux des historiens racontant la légion SS arabe attendant-derrière l'armée de Rommel-le moment de foncer exterminer les juifs déjà installés en Palestine. Nous savons, en d'autres termes, que le nazisme fut une idéologie mondiale qui connut des versions nationales et, en particulier, une version arabe-et c'est, aussi, à rappeler cela que sert de commémorer la Shoah.

J'écris ces lignes le 20 avril 2009. On aurait pu, pour fixer cette commémoration, choisir le jour de l'ouverture des camps. Ou celui de la conférence de Wannsee. Ou n'importe quel autre jour témoignant du martyre juif. Or non. C'est le 27 nisan de l'année hébraïque-cette année, le 20 avril et le jour anniversaire, donc, de l'insurrection du ghetto de Varsovie-qui a été choisi. Et, dans les âpres débats qui présidèrent à ce choix, ce détail n'échappa bien sûr à personne. Ce qu'il signifiait ? Que l'on voulait briser le cliché d'un peuple allant à la mort comme bêtes à l'abattoir. Que l'on voulait célébrer ces épisodes héroïques que furent les révoltes de Sobibor, Birkenau, Treblinka. Que l'on entendait, autrement dit, commémorer un massacre mais également une résistance. Pour moi qui suis fils, non de déporté, mais de résistant, cette volonté est essentielle. Elle invite à se souvenir qu'il y a toujours, jusque dans la nuit la plus noire, lieu de s'insurger et d'espérer.

Un dernier mot. Puisque nous en sommes aux questions de calendrier, il y a un vrai hasard, en revanche, qui fait que s'est ouvert, le même jour, dans la même ville, la conférence « antiraciste » de Durban II. Et il s'est trouvé, derechef, des voix pour dire : « ne craignez-vous pas, en vous fixant sur les génocides anciens, de manquer ceux qui adviennent, ici, maintenant, sous vos yeux ? » Eh bien non, bien sûr, cela n'est pas à craindre. Car, outre que ladite conférence tourna (j'y reviendrai) à la mascarade, outre qu'elle aura servi à un criminel nommé Ahmadinejad (j'y reviendrai, aussi) à salir le beau concept d'antiracisme, je retourne la question. Pourquoi les institutions vouées au souvenir de la Shoah se sont-elles toutes mobilisées pour le Darfour ? Pourquoi les premiers à avoir compris ce qui se passait au Rwanda furent-ils ceux qui, juifs ou non juifs, avaient la Shoah au coeur ? Pourquoi, quand le monde fermait les yeux sur le massacre des musulmans de Bosnie, revint-il à des hommes dont le seul point commun était d'avoir en tête le « plus jamais ça » d'Auschwitz de sonner le tocsin ? Ils n'étaient pas mieux informés que d'autres. Ils avaient juste une boussole. Une échelle du mal et du pire. Une sorte de radar qui leur signalait, chaque fois, la proximité de la Bête et son parfum caractéristique. C'est cela, le souvenir de la Shoah. Et c'est pour cela, encore, qu'il faut la commémorer

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Lundi 1 décembre 2008

Les Holtzberg
Deux lumières s'éteignent à Bombay    

Par Denis Elkoubi pour Guysen International News

Samedi 29 novembre 2008 à 23:59

 

J’ai eu la chance de rencontrer le Rabbin Gabriel Holtzberg et son épouse lors d’un séjour à Bombay en 2007.
Je devais me rendre à un salon professionnel à Bombay à un moment où je devais réciter le Kaddish pour mon Père. J’avais alors pris contact avec le Rabbin afin qu’il me confirme que je trouverai bien un minyan quotidien à Bombay. Il me rassura, et, sans que je le lui ai même demandé, m’invita à prendre tous mes repas au Beth Habbad.

Dès mon arrivée, je me présentais donc au Beth Habbad, pour vérifier que tout était en ordre.

Si le concierge de l’hôtel Taj, où je restais, me confirma qu’il savait où se trouvait le Beth Habbad, j’eus plus de mal avec le taxi, et pour cause, la rue qui y menait était entièrement défoncée pour des travaux de voirie, et la petite rue du Beth Habbad n’était pas accessible pour les petits taxis de Bombay.

C’est un jeune Rabbin souriant qui m’accueillit. Mais quand je me présentais en lui demandant de me confirmer que nous aurions bien un minyan quotidien, je vis à sa mine que les choses était plus compliquées que prévues. Il m’expliqua que l’arrivée de la mousson avait fait partir les touristes, et donc, que le minyan serait plus difficile à organiser. Mais, très positif, il me garantit qu’il allait se débrouiller.

Le lendemain matin, le minyan était là, le surlendemain aussi, et ainsi chaque jour.

Je réalisais bien vite les innombrables coups de téléphone qu’il avait dû donner pour arriver à trouver dix hommes dans Bombay.

Diamantaires, hommes d’affaires américains, étudiants, touristes, jeunes israéliens de retour de Goa, européens, sud américains, et juifs indiens, chacun avait répondu à l’appel du Rabbin Gabriel Holtzberg et ainsi, chaque jour le monde entier se réunissait dans la petite salle du Beth Habbad.

Après l’office on nous proposait une petit déjeuner, puis nous étions conviés à revenir pour les repas de midi et du soir.
L’atmosphère chaleureuse de ces repas offerts à quiconque entrait au Beth Habbad en faisait des moments privilégiés de grande convivialité.

C’est dans ces moments que j’ai pu comprendre comment le rabbin et sa femme étaient appréciés par leurs visiteurs. La plupart d’entre eux venaient régulièrement au Beth Habbad, soit pour y chercher du réconfort, un enseignement, de la nourriture, la possibilité de parler hébreu. Tout le monde les appelait affectueusement par leur prénom, et ils avaient une attention égale pour tous. Tous les deux rayonnaient d’une lumière incroyable. Les habitués venaient tous me voir pour me dire combien ils étaient redevables à ce jeune couple.

Bombay est une ville d’orient, avec ses odeurs, sa chaleur, sa misère. La petite rue dans laquelle était le Beth Habbad était en terre battue, à côté d’un marché dont je vous laisse imaginer l’état. Mais à peine arrivait t’on au premier étage de leur petit immeuble que l’on avait complètement oublié où l’on était, et l’on était transporté dans une maison habitée par la émouna. Pas de doute que quiconque est passé par cette maison s’y est senti immédiatement chez lui.

La émouna, la foi, avec laquelle ce jeune couple avait accepté la mission que lui avait confiée le Beth Loubavitch était extraordinaire. Pourtant découragés, paniqués même, à leur arrivée, Rivki m’avait raconté qu’ils avaient décidé que si on les avait envoyés là, c’est qu’il fallait qu’ils aillent jusqu’au bout de leur mission. Malgré de grandes épreuves personnelles, ils avaient, en deux ans, réussit à monter un petit centre communautaire, véritable havre de paix, de Thora et de Hessed.

En dehors du centre et de l’accueil des visiteurs, leurs activités étaient sans limites: Cacherout, abattage rituel, circoncision, enseignement, dernier devoir, restaurant, bar mitsvah, tout, absolument tout était de leur ressort. Par manque de minyan, la communauté vieillissante de Bombay avait même confié les offices du Shabbat au Rabbin, dans la Grande Synagogue Sassoon.

Un juif décède à New Dehli, le Rabbin prend l’avion, donne les bakchich qu’il faut et ramène le corps pour qu’il ne soit pas enterré en fosse commune. Un jeunes israélien paumé dans son périple indien, ils le prennent en charge, appellent la famille en Israël, assurent son rapatriement. L’éducation des quelques derniers jeunes qui restent à Bombay, la table ouverte, les offices, les repas chabbatiques, le jeune couple est sur tous les fronts, avec un sourire, une bonne humeur, une chaleur et une disponibilité permanente.

Chaque jour je passais de nombreuses heures avec le rabbin, son épouse et tous les visiteurs.
En une longue semaine j’ai vu passer des dizaines de personnes, de nouveaux arrivants chaque jour. Chaque visiteur était heureux d’être là. Pourtant, la salle principale, à la fois Synagogue, salle à manger et salon était des plus modestes. Mais le Rabbin et sa femme rayonnaient tellement naturellement qu’on oubliait instantanément qu’on était dans l’une des plus grande mégalopole du monde, aux 15 millions d’habitants dont la moitié vivent dans la rue.

Comme moi, chaque personne qui est passée par le Beth Habbad est redevable à Gabriel et Rivki Holtzberg d’un moment de bonheur ou de réconfort, d’aide spirituelle ou matérielle, d’une écoute attentive ou d’une leçon de vie.

Leur perte est une immense perte pour le peuple juif, ils laisseront dans la mémoire de tous ceux qui les ont approchés le souvenir de vrais Tzadikkim. Leur fin tragique, Al Kiddouch Hachem les inscrits définitivement dans l’histoire du peuple Juif comme des êtres exceptionnels.

Des milliers de personnes sont passé par le Nariman House en cinq ans, chacun en est reparti transformé. Impossible de côtoyer ces deux êtres de lumière sans devenir un peu meilleur soi-même. Gabriel et Rivki Holtzberg ont donné un peu de leur lumière à tous ceux qui les ont rencontrés. Nul doute qu’aujourd’hui ces milliers de personnes pleurent leur disparition et s’associent à la peine inconsolable de leurs familles.

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Lundi 28 janvier 2008
Histoire du peuple Juif (1)                          HISTOIRE DU PEUPLE JUIF 1
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Histoire du peuple Juif (2)                     HISTOIRE DU PEUPLE JUIF 2
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Histoire du peuple Juif (3)                              HISTOIRE DU PEUPLE JUIF 3
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Histoire du peuple Juif (4)                               HISTOIRE DU PEUPLE JUIF 4
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Histoire du peuple Juif (5)                                HISTOIRE DU PEUPLE JUIF 5
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Histoire du peuple juif partie 5                               HISTOIRE DU PEUPLE JUIF 6
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Histoire du peuple juif partie 7                       HISTOIRE DU PEUPLE JUIF 7
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Histoire du peuple juif partie 8                       HISTOIRE DU PEUPLE JUIF 8
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Histoire du peuple juif partie 9                       HISTOIRE DU PEUPLE JUIF 9
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Histoire du peuple juif partie 10                       HISTOIRE DU PEUPLE JUIF 10
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    Histoire du peuple juif partie 11                                        HISTOIRE DU PEUPLE JUIF 11
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Mardi 4 décembre 2007

La secrétaire de Schindler immigre en Israël



AEROPORT BEN GOURION (Israël) - La secrétaire d'Oskar Schindler, l'industriel allemand qui a sauvé plus de 1.000 juifs pendant la seconde guerre mondiale est arrivée mardi en Israël pour s'y s'installer.

"Je me sens à la maison", a expliqué timidement aux journalistes venus l'attendre Mimi Reinhardt, âgée de 92 ans à sa descente d'avion. Installée après la guerre à New York, Mme Reinhardt a rejoint son fils unique Sacha, immigré en Israël il y a 30 ans.

Pendant la seconde guerre mondiale, elle a dressé les listes des employés juifs sauvés par l'industriel allemand Oskar Schindler des chambres à gaz.

D'origine autrichienne et juive elle-même, Mimi Reinhardt vivait à Cracovie avant la guerre et grâce à sa connaissance de la langue allemande avait été engagée par Oskar Schindler, pour qui elle a travaillé jusqu'en 1945.

Son fils, Sacha Weitman, 68 ans qui a immigré en Israël en 1974 est professeur de sociologie à l'université de Tel-Aviv.

Père de trois filles et neuf fois grand père, il ne cache pas sa joie. "Notre famille est enfin réunie", proclame-t-il ému.

L'histoire d'Oskar Schindler (1908-1974) a été rendue célèbre par Steven Spielberg dans son film "La Liste de Schindler", couronné de sept Oscars et de dizaines de prix internationaux.

Dans le film, c'est l'associé de Schindler qui rédige les listes, alors que son personnage n'apparait pas. "Ce n'est pas grave, je n'ai jamais recherché la gloire", a affirmé cette vielle dame, toute menue mais restée dynamique malgré son âge.

Elle a rencontré le cinéaste, mais avoue avoir mis des années avant de pouvoir regarder le film. "J'ai été invitée à la première du film à New York. Mais j'ai du sortir avant la projection, c'était trop dur pour moi", se souvient-elle.

La nouvelle immigrante va s'installer dans une maison de retraite de Hertzliya Pitouah, une banlieue cossue de Tel-Aviv.

Descendu du même avion, le grand rabbin de Tel-Aviv et ancien Grand Rabbin d'Israël, Israël Meir Lau, originaire de Cracovie et rescapé de la Shoah a pour sa part reconnu que "le peuple juif a une grande dette envers Schindler, que sa mémoire soit bénie".

Source :AFP / 04 décembre 2007 19h17)

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Dimanche 16 septembre 2007

L’assassinat de Guedalia : le début d’un long exil
Claire Dana Picard


 

Le jeûne de Guédalia est observé ce dimanche en mémoire de l’administrateur juif nommé par le conquérant Nabuchodonosor après la destruction du Premier Temple, il y a environ 2500 ans. L’avènement de Guédalia Ben Ahikam au pouvoir permit le retour d’un certain nombre d’exilés juifs en Israël. Mais un certain Ismaël Ben Netania, rejetant l’autorité du roi de Babylone, assassina Guédalia pendant la fête de Rosh Hashana, mettant ainsi fin à la souveraineté juive sur la terre d’Israël pendant une longue période.

 

Le jeûne, qui a lieu normalement le 3 Tichri, a été reporté cette année en raison du Shabbat. Il a débuté au lever du jour et se terminera ce soir, à 17h11, à Jérusalem.

Ce jeûne symbolise également la fin d’une époque, au cours de laquelle les quelques Juifs restés en Israël espéraient encore faire renaître la vie juive dans le pays dévasté. On apprend également combien la mort d’un Juste peut avoir une portée retentissante. Ce jour-là, nous enseignent les Sages, a été aussi pénible pour le peuple juif que la destruction du Temple.

Ce jeûne, comme les autres, est observé, selon la Tradition, pour inciter les Juifs à se repentir de leurs fautes et à comprendre qu’en les réparant, ils peuvent hâter la Rédemption et la construction du Troisième Temple à Jérusalem, capitale éternelle d'Israël.

Tsom Guedalia est l’un des quatre jeûnes marquant la destruction du Temple. Les trois autres sont le 10 Teveth (Assara beTevet), le 17 Tamouz (Shiva Assar BeTamouz) et le 9 Av (Tisha BeAv).

Avec le jeûne de Guedalia, se poursuivent également les Dix Jours de Pénitence, entre Rosh Hashana et Yom Kippour. Ces journées sont propices à l’examen de conscience et au repentir, par les prières et les Selihot (supplications). En outre, on tente d’être plus que jamais scrupuleux dans l’application des préceptes religieux, les Mitsvoth. Cette période se termine par le jeûne de Kippour, observée par la majorité des Israéliens, même par ceux qui se prétendent non pratiquants tout au long de l’année. Cette fois, Kippour aura lieu Shabbat (samedi) prochain.

Arouts 7
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Mardi 11 septembre 2007

arebakiva-copie-5.jpg  
Sepulture de Rabbi Aquiva


Rabbi ’Akiba et les dix martyrs de la foi.

 



Contexte historique :

 

Les dix martyrs de la foi correspondent, dans la tradition juive, perpétuant leur souvenir dans la liturgie synagogale, à dix sages juifs éminents du deuxième siècle, dont Rabbi ’Akiba (env.45-135), qui furent suppliciés par Rome, sous le règne de l’empereur Hadrien (117-136).

Ce récit provient de la littérature midrashique[1] , et en particulier du midrash médiéval Elleh Ezkerah. Selon celui-ci, l’empereur romain demanda à ces sages la peine prescrite par la législation juive, pour l’auteur du rapt et de la vente d’un autre juif. Les rabbins lui répondirent que la Bible le sanctionnait par la peine capitale[2]. L’empereur évoqua alors le cas de Joseph qui fut enlevé et vendu comme esclave par ses frères, sans que ces derniers ne fussent exécutés. Les dix sages d’Israël furent condamnés à mourir à leur place. La kabbale va jusqu’à affirmer que les âmes des dix frères de Joseph qui prirent part à cette vente, se réincarnèrent dans les corps des dix rabbins au moment de leur torture, afin de réparer leur faute par la souffrance subie. La liturgie a repris ce récit de l’argutie de l’empereur et du martyr subi par dix rabbins cités nommément, à travers une des élégies les plus poignantes de Tich’ah beav[3] sur les ‘assarah harougé mal’hout (dix martyrs de la foi, en hébreu).

Sont cités, notamment, les rabbins ‘Akiba, ‘Hanania ben Teradyon[4], le grand prêtre Ichmaël et le président de l’Assemblée, rabbi Chim’on ben Gamliel.

Un certain nombre d’inexactitudes dans le récit que fait le midrash des dix martyrs a conduit les spécialistes à ne pas y voir un récit fondé historiquement, mais plutôt le reflet de la situation tragique des juifs de Palestine sous l’oppression romaine, radicalisée après la révolte avortée de Bar Kokhba (132-135 après J.C). Ainsi, les dix sages énumérés ne vivaient pas tous à la même époque, et des midrashim se contredisent quant à l’identité des martyrs[5].

Toutefois, la vérité historique ne saurait entraver la réflexion. Dans Difficile liberté, Emmanuel Levinas écrit : « Ce n’est pas le passé d’Israël qui forme l’enseignement de la Bible, mais le jugement porté sur cette histoire. Faux ou vrai ? Cela ne dépend pas des documents profanes qui confirment ou infirment la matérialité des faits relatés, mais de la vérité humaine de cet enseignement. »

Quelle « vérité humaine » émerge du thème des dix martyrs de la foi, à partir du supplice du plus charismatique de ces sages, à savoir, ‘Akiba ben Yossef ?

Nous tenterons de répondre à cette question, après avoir présenté le texte talmudique qui évoque les derniers moments de rabbi ‘Akiba. Précisons que ce texte commence par l’interprétation donnée par rabbi ‘Akiba à l’injonction biblique « tu aimeras l’Eternel ton Dieu…de toute ton âme » (Deutéronome 6, 5) : « Rabbi ‘Akiba dit : « de toute ton âme » (signifie que tu aimeras ton Dieu) même s’Il te prend ton âme (c'est-à-dire, ta vie). Le judaïsme ne jugeant crédibles que les discours qui passent l’épreuve des actes, le martyr de rabbi ‘Akiba va témoigner de la sincérité de ce dernier.

 

Talmud de Babylonie, Traité Bérakhot, page 62b :

 

« Une baraïta[6] enseigne : il arriva que le royaume (il s’agit de Rome qui régnait sur la Palestine) promulgua un décret interdisant aux Judéens (Israël, dans le texte) d’étudier la Torah[7]. Que fit rabbi ‘Akiba ? Il alla réunir des assemblées de manière publique, s’installa et prêcha (enseigna la Torah). Papus fils de Yehuda le trouva. Il lui dit : « ‘Akiba ! Ne crains-tu pas cette nation (Rome) ? »Il (‘Akiba) lui répondit : « Laisse moi te donner une parabole. A quoi la chose ressemble ? (C’est-à-dire, voila à quoi l’on peut comparer ce que tu me demandes de faire, à savoir, de cesser d’enseigner la Torah) A un renard qui marchait sur le bord d’une rivière et qui vit des poissons fuyant dans toutes les directions. Il s’adressa à eux : « pourquoi vous enfuyez vous ? » Ils lui répondirent : « à cause des filets et de leurs rets qui s’abattent sur nous. » Il leur dit alors : « voudriez vous me rejoindre sur la terre ferme, afin que nous vivions ensemble comme l’ont fait mes ancêtres et les vôtres ». Ils lui dirent : « C’est de toi que l’on dit que tu es le plus intelligent des animaux ? Tu n’es pas intelligent mais stupide. Si nous avons peur là où nous vivons (dans le fleuve), à fortiori craindrons nous pour nos vies au lieu de notre mort (la terre ferme) ! » Il en est de même pour nous ( le peuple juif). Si déjà, alors que nous étudions la Torah, dans laquelle il est écrit « car elle est ta vie et ta longévité » (Deutéronome 30, 20) nous avons peur( des persécutions romaines), à fortiori si nous nous coupons des paroles de Torah. »

Peu de temps passa (après cet épisode) avant qu’ils (les Romains) n’arrêtent rabbi ‘Akiba et l’emprisonnent, ainsi que Papus fils de Yehuda, qu’ils enfermèrent dans la même cellule. Papus lui dit : « Qu’est ce qui t’a amené ici ? Tu peux être heureux rabbi ‘Akiba, d’avoir été appréhendé pour l’enseignement de la Torah ! Malheur à moi qui me suis fait arrêté pour des choses futiles ! Lorsqu’ils firent sortir rabbi ‘Akiba pour l’exécution, c’était le moment de réciter le Chema[8]. Tandis qu’on lacérait sa chair avec des peignes en fer, il s’appliquait à accepter le joug du royaume céleste avec amour. Ses disciples l’interpellèrent : «  jusque là ? » (Tu parviens encore à te concentrer malgré les souffrances endurées ou il faut accepter la sentence divine avec amour, malgré sa dureté). Il leur répondit : « toute ma vie je souffrais à cause de ce verset : « (tu aimeras l’Eternel ton Dieu…) de toute ton âme »-même s’Il te prend ton âme. Je disais : « quand cette possibilité se présentera-t-elle à moi afin que je l’accomplisse ? A présent qu’elle est à ma portée, ne vais-je pas l’accomplir ? » Il prolongeait (le mot) e’had (Un) lorsque son âme le quitta. Une voix divine se fit entendre, disant : « heureux sois tu rabbi ‘Akiba, car ton âme est sortie au moment où tu proclamais l’Unité divine ». Les anges s’écrièrent devant le Saint Béni Soit-Il : « voici la Torah et voilà sa récompense ? »Ils dirent : « Des hommes (sauve-moi) par Ta main Eternel, des hommes de la terre » (Psaume 17 du Livre des psaumes). Il leur répondit (avec la suite du verset des psaumes invoqué) : « qui jouissent de leur part dans cette vie ». Une voix divine dit alors : « heureux sois-tu rabbi ‘Akiba, car tu es destiné à la vie du monde à venir ». Dans une autre Aggadah talmudique [9](Traité Ménah’ot, page 29b), où Dieu, dans une vision prophétique, montre à Moïse, l’enseignement de rabbi ‘Akiba, la fin tragique de ce dernier[10] lui est également montrée, mais la réponse de Dieu à ‘interpellation de Moïse est bien plus violente, Dieu lui intimant le silence, sans lui donner aucune explication.

Enfin, dans l’horreur qui va croissante, le point paroxystique est atteint par l’élégie déjà citée, qui décrit la sauvagerie avec laquelle les dix rabbins sont mis à mort, et la révolte des anges qui gronde, au point que Dieu menace de ramener le monde au chaos originel s’ils ne font pas silence. Et à chaque fois, sur un ton péremptoire, Dieu dit : « ceci est un décret qui ne souffre aucune contestation ! ». Nous pourrions nous contenter de voir dans ce martyrologe une certaine conception de la vie, valeur suprême mais pas absolue. Le renoncement à certains idéaux ôterait tout sens à l’existence. Le Talmud enseigne ainsi qu’il faut choisir la mort si l’on veut nous contraindre à commettre l’une des trois fautes gravissimes que sont : l’idolâtrie, le meurtre ou un rapport sexuel prohibé par la Bible. Rabbi ‘Akiba et les neuf autres sages auraient donc estimé que ne plus étudier et enseigner la Torah revient à abandonner le Dieu unique. Il serait également tentant de voir dans ce récit, l’illustration tragique de ce que le Talmud appelle les « épreuves d’amour » ( yissouré ahava) que Dieu fait subir aux justes[11], au sens de l’amour de l’homme qui se révèle à l’occasion de ses souffrances. Il s’agirait ici du degré ultime de l’amour de Dieu, atteint dans le martyre assumé par celui qui le subit. Mais les réactions indignées des anges et de Moïse, renvoient à nos propres attitudes devant le spectacle de la souffrance des innocents. A cette question redoutable, à laquelle nous sommes tous confrontés, le récit des dix martyrs de la foi, qu’il soit authentique ou légendaire, répond par ce sentiment confus d’amour et de révolte qui anime celui qui ne veut pas rompre le dialogue avec la transcendance. Celui, aussi, qui accepte le constat des limites de son entendement humain. Limites signifiées dans ces textes par le refus de Dieu de poursuivre le dialogue avec ses créatures. L’on relèvera, toutefois, que dans le dialogue qui s’instaure entre les anges et Dieu, devant le sort de rabbi ‘Akiba, Dieu leur apporte une réponse. Plus largement, la tradition juive, comme d’autres traditions religieuses, s’est largement intéressée au problème du mal dans le monde, et tente d’y apporter des réponses. C’est là le paradoxe créatif d’une pensée qui juge, d’une part, légitime de s’interroger sur un phénomène aucun nul n’échappe et, d’autre part, met en garde contre la prétention de saisir les intentions divines, ou, pour le dire autrement, de « se prendre pour Dieu »[12]. Au silence de Dieu, dans la tourmente, il vaut parfois mieux que succède le silence des hommes, plutôt que de dérisoires prétentions à comprendre le mystère du mal.

 

 

 

                                                                                                   Rabbin Michaël Azoulay
                                                                                                   La Varenne St Hilaire

 

 

 

 [1] De manière succinte, l’on peut dire que le midrash est un corpus foisonnant d’exégèses rabbiniques de la Bible, rédigées à différentes époques.

[2] Conformément à Exode 20, 13 (huitième commandement du Décalogue) et 21, 16 ; Deutéronome 24, 7.

[3] Jour de jeûne, dans le calendrier hébraïque, qui commémore la destruction du Premier Temple par les Babyloniens en 586 av J.C, et la destruction du Second Temple par les légions romaines en 70 après J.C.

[4] Le martyr subi par ces deux rabbins est également narré par le Talmud de Babylonie, dans les traités Bérakhot (page 62b, pour rabbi ‘Akiba) et ‘Avoda zara (page 18a, pour rabbi ‘Hanania ben Teradyon).

[5] Notre professeur d’histoire juive au Séminaire Israélite de France, Monsieur André Nahon, élève de Georges Vajda, nous avait indiqué que l’on ignorait l’identité exacte des dix sages. 

[6] Terme araméen, qui désigne tout « enseignement extérieur », c'est-à-dire, texte tannaïtique non compilé dans la Mishna (loi orale).

[7] La révolte de Bar Kokhba entraîna des persécutions très dures de la part des Romains, et, notamment,  la prohibition de l’étude de la Torah et de la pratique du judaïsme.

[8] Texte biblique qui exprime la foi et l’obéissance du juif à l’égard de Dieu, et qui est lu tous les jours, matin et soir. La première phrase est : « Ecoute Israël, l’Eternel est notre Dieu, l’Eternel est Un » ( Deutéronome 6, 4).

[9] Aggadah signifie « récit ». Elle constitue la partie non juridique du Talmud.

[10] Moïse voit les Romains vendre la chair de rabbi ‘Akiba au marché.

[11] La souffrance des justes échappe en effet au schéma classique de la souffrance-punition.

[12] Pour reprendre une formule du grand rabbin Gilles Bernheim.

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Mardi 26 juin 2007
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"Souviens toi"


Le Mémorial de la Shoah expose jusqu’au 30 novembre les travaux du Père Patrick Desbois sur les exécutions massives de juifs en Ukraine entre 1940 et 1944, indique la Croix.
Ce que l’on appelle la Shoah par balle. Des unités nazies, les Einsatzgruppen, ont tué des milliers de Juifs (hommes, femmes et enfants) par balles en les balançant dans des fosses communes.

Cette exposition se veut « historique, pédagogique et sobre », explique le directeur du mémorial, Jacques Fredj. Le père Desbois a recueilli des témoignages de personnes qui étaient enfants à l’époque. Certains avaient été réquisitionnés pour creuser et reboucher les fosses : ils racontent comment la terre bougeait et criait après les massacres. L’exposition est divisée en trois salles. La première dresse un portrait succinct des Juifs d’Ukraine ; la deuxième décrit les étapes des exécutions ; enfin, la troisième diffuse les témoignages filmés d’une dizaine de témoins et par la description méthodique d’une expertise archéologique menée en 2006 dans 15 fosses communes près de Lviv.
 
Mémorial de la Shoah – 17 rue Geoffroy L’Asnier 75004 Paris.
Entrée libre tous les jours de 10h à 18h sauf le samedi. Le jeudi jusqu’à 22h.
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Vendredi 8 juin 2007
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A l’appel du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre s’est tenue le 3 mai dernier en la Synagogue du quartier Latin, rue Vauquelin, une cérémonie à la Mémoire des Morts pour la France des deux Guerres et de la Déportation en présence du Représentant du Président de la République, des Autorités Religieuses, Civiles et Militaires, du Grand Rabbin de Paris,Rav David Messas, Joël Mergui Président de l’ACIP et de Jacques-Hubert Gahnassia Président de la Commission Administrative.

Lors de cette cérémonie, le Rabbin Mikaël Journo directeur de cabinet du Grand Rabbinat de Paris, devait revenir sur la date symbolique du 8 mai 1945 en soulignant que : « Ce jour était également synonyme de victoire sur l’oppression, la barbarie et la terreur, dans lesquelles une idéologie aussi immonde qu’inhumaine avait plongé l’Europe entière durant plusieurs années… » Et ajouter :

« Il n’existe pas de mots assez forts pour décrire l’horreur, le dégoût, l’incompréhension et la colère inspirée par ces camps de la mort, dont la simple évocation des noms fait froid dans le dos. Nous devons pourtant nous y résoudre à perpétuer à jamais le souvenir et la Mémoire de ces millions d’hommes, de femmes et d’enfants…Oui, de véritables crimes contre l’humanité ont  été perpétrés au nom d’une idéologie criminelle, ce fait historique est indéniable, ni même discutable, n’en déplaise à certains, et nous devons, aussi souvent que possible le rappeler et le clamer haut et fort pour éviter que les prochaines générations ne soient amenées un jour à connaître une telle tragédie. En ce jour, nos souvenirs et notre reconnaissance vont à toutes les victimes civiles et militaires, à tous ces soldats des Armées Françaises, de la France Libre et des Forces Alliées, à tous les membres des réseaux de la Résistance, qui sont tombés au combat, ont subi des blessures, ont été fait prisonniers ou fait l’objet des sévices et de tortures. Sans leur courage et leur force de conviction inébranlable, sans leur foi en l’avenir et leur amour de la liberté, jamais peut-être la victoire de mai 1945 n’aurait été possible. »

 

Claude Bochurberg.

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