Le seder de pessah, réponse au conflit des générations

Publié le par Initiative Rabbinique

                             Le seder de pessah, réponse au  conflit des générations

 

   
« Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque les jeunes méprisent les lois, parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux, l'autorité de rien et de personne, alors, c'est là, en toute beauté et toute jeunesse, le début de la tyrannie. »
Platon, vers 427 - 348/347 av. J.C.

Cette citation de Platon, bien que datant du 5é siècle avant l’ère vulgaire est  toujours d’actualité, .Elle marque la dure difficulté de notre époque de retrouver  le respect des  parents des enseignants ou éducateur s et plus précisément, pour ce qui nous importe  pour notre sujet : le  dialogue fils-père. Comme à son habitude, la Thora apporte une réponse à un sujet moderne qui s’inscrit dans le seder de Pessah, par la Mitzva positive de raconter la sortie d’Egypte à son fils, et plus précisément à ces 4 fils, bien différents les uns des autres.

        Le récit de la Haggada de Pessah , qui constitue la cinquième étape du seder de la nuit de Pessah débute par les 4 questionnements de l’enfant « ma nichtana  » . Il est à remarquer que le terme choisi par la thora (léaguid raconter ) n’est pas anondin , puisqu’il connote une notion de sens dans le récit . Le récit de la haggadah ne doit pas être mécanique et routinier. Il doit être accompli avec entrain, enthousiasme et rigueur . C’est la raison pour laquelle nos Sages ont écrit la Haggada sous forme de Question -réponse.  Le mot sagesse ,hohma en hébreu se compose des mots koah force et ma=quoi , soit la force du questionnement dans la recherche de la sagesse .

Ce premier point est un outil pédagogique indéniable dans la recherche de dialogue père-fils , puisque le fils est l’enfant roi du seder . Tout tourne autour de lui .Il pose les questions et le père et tous les assistants lui répondent .

            Le Maharal de Prague, dans son commentaire sur la haggada   posent plusieurs questions sur ce sujet des 4 enfants .

 Pourquoi trouve t on  4 fils ? Pourquoi parmi les fils trouve t on un sage et un pervers ? Nous nous serions attendus à trouver un juste et un pervers ? Enfin comment comprendre le texte de la Haggadah  concernant ces quatre enfants.

« Beni soit Hamakom, benis soit-il , Benis sois D d’avoir donner la Thora à Israël , beni soit il . En fonction des quatres enfants, la thora s’exprime : l’un est sage, l’autre est pervers, l’autre et niais et le dernier n’ose pas poser de question  »

         Pourquoi l’auteur de la haggada insiste t il sur le fait de remercier D de donner la Thora , et de lier ce don de la Thora à  ces 4 enfants qui posent chacun des question sur la sortie d’Egypte ? IL aurait été plus apte de remercier D de nous avoir donné la Thora et de lier la sortie d’Egypte aux motzvots qui accompagnent cette soirée , tels la consommation de la matza , ou des herbes amères ?

          La réponse du Maharal  de Prague  explique que ce passage de la haggada a surtout pour but de mettre en valeur la sortie d’Egypte , de développer et de détailler tous les miracles qui s’y sont produit , mais surtout de comprendre comment ce thème fut compris par les générations suivantes : Il est nécessaire de donner  à chacun une réponse qui lui convient , et non une réponse globale et générale . Non seulement, l’explication globale est exigée, et quiconque rajoute sur le récit de la sortie d’Egypte est digne de louange. Plus encore, il est nécessaire de répondre précisément à toutes les questions, suggérées par un sage, par un niais et même par un pervers. On ne regarde pas le niveau spirituel du questionnant, et ce n’est même pas le sujet dans la haggadah, puisque, dans un tel cas, il aurait été plus adéquate de parler d’un juste, d’un tzadik. On répond précisément à chacun suivant son intention, qui est plus ou moins exprimée dans sa question.

      Le Maharal explique précisément les réponses de chacun suivant les questions posées , et avant d’expliquer la réponse donnée au sage , par exemple , il est intéressant de noter que ces quatre fils correspondent à quatre type d’individus atypiques , et selon le Maharal , il n’en existe aucun autre , d’un point de vue intellectuel .

 Le sage : il  ne se pose pas des questions évidentes. Il est avide de nouvelles connaissances  et posent des questions sur des éléments nouveaux. Il est  sans cesse en quête de la nouveauté du « hidouch  » et ne se satisfait pas de ce qu’il a sous les yeux .

Le niais tam : on ne parle pas d’un niais bête au sens propre mais d’un homme qui se contente de poser des questions uniquement lorsque cela lui est suscité par un évenement inhabituel.

Celui qui ne sait pas posée de question : il n’a pas la présence d’esprit de questionner même si une chose inhabituelle se produit sous ses yeux.

Le pervers : il use de sa sagesse dans un but hérétique . C’est un contestataire

Voici maintenant comprendre la réponse donnée au sage :  « quelles sont les observations  (témoignages ) , les lois irrationnelles et les préceptes (lois envers autrui ) que D vous a ordonné de faire ?  On peut dors et déjà remarquer que le sage pose une question de ces connaissances propres, et rien dans ce qu’il a vu ne justifie une telle question. C’est une question générale , dans un but d’approfondir ces connaissances dans les lois de la Thora , qu’il a de lui-même divisée en trois types .

Voici la réponse qui lui est donnée : « car c’est  d’une main puissante que D nous a fait sortir d’Egypte. Les mitzvots de Pessah, entre dans la catégorie des « edout »témoignages, par  ce témoignage de la puissance d’Achem, et qu’il convient de diffuser ce miracle le soir de Pessah .

On répond volontiers au sage qui pose une question extrêmement détaillée , pouvant lui permettre d’accomplir cette mitzva de récit avec toute la ferveur necessaire.

       Concernant le pervers , qui s’exclut volontairement du peuple d’Israêl , le ton et est tout autre . il faut lui casser les dents. Peut être qu’en lui retirant ces « dents » mordant le juste jusqu’au sang , celui-ci perdra de sa véhémence contre les justes et deviendra un grand d’Israël . Il faut se souvenir de ce que le Talmud disait à propos de Rabbi Akiva . Lorsqu’il voyait un  grand sage d’Israël , il voulait le mordre jusqu’au sang , avant d’user de sa vigueur au profit de l’étude de la Thora .

De plus ,par allusion et par les guématriot , si on enlève au racha =570 les achinaiims= 395 , on retrouve le tzadik=194 +1 (mot lui-même )

           Ces réponses, viennent surtout mettre en relief que la volonté du père n’est pas de faire du mal à son fils, ou de lui répondre avec véhémence sans raison, mais de l’éduquer dans la voie de la Thora, en recherchant le dialogue avant tout, sans le mettre de côté, car la plus grande violence aurait été de rompre le dialogue avec lui. Pessah casher Véssaméah

Rabbin David GALULA 

Publié dans LA TORA AUJOURD'HUI

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