Mercredi 8 octobre 2008

     L’instant de l’éternité         

 

 

A la fin de Kippour, chacun rentrera chez soi pour se restaurer et prendre de nouvelles forces, chacun réintègrera le cours de son existence et ses soucis quotidiens.

        

Pourtant, la conclusion de Kippour ne signifie pas la fin de l’effort moral et religieux qui se prolongera lui durant la nuit, et en fait, toute la vie. En effet, le Choul’han Aroukh (Ora’h ‘Haîm, 624, 5 dans la note du Rama) stipule qu’à l’issue de Kippour, les personnes rigoureuses dans leur vie religieuse commencent à bâtir leur soucca, la cabane où l’on résidera durant les sept jours de la fête de Soucot. De cette façon, Kippour ne se limite pas à lui-même mais féconde le temps à venir.

 

         Mais il existe une autre explication de cet usage : Soucot est la suite logique de Kippour. « Quitte ton habitation fixe, ta maison habituelle et va habiter dans une demeure provisoire » (Soucca 2a). La soucca traduit le caractère éphémère de la vie, le temps qui passe et nous, pris dans le courant.

 

         Les jours redoutables et les prières qui les scandent nous effraient et nous emplissent de terreur : « Qui vivra, qui moura ». A Roch Hachana et Kippour, la conscience du caractère provisoire de la vie se fait verbe, parole. Mais à Soucot, cette conscience devient acte et épouse la dimension du concret. Telle est la signification de la construction de la soucca à la fin de Kippour.

 

         L’une des modalités qui régit les lois de la soucca est que l’on puisse voir, a priori, le ciel et les étoiles au travers du feuillage qui constitue la toiture de la cabane (ibidem 631, 3). Le regard humain ne doit pas se perdre dans les limites de la temporalité mais il doit percevoir l’au-delà, le ciel, cet horizon qui indique l’univers de D… . Car au-delà de l’éphémère, trône l’éternel.

 

Comme à Kippour où les juifs sont rassemblés dans leur lieu de prières, échappant à l’emprise du temps et de ses contraintes. Ils sont là à méditer, à réfléchir sur la vie et son sens, à interroger leur conscience, à se tourber vers l’éternité, vers Celui qui dépasse le temps : le Maître de l’univers. 

 

   Oui, l’intégration de D… en notre monde n’est pas chose aisée. La croyance n’est pas évidente, le chemin de la foi semé d’embûches, la pratique des commandements de la Torah complexe et contraignante. Et pourtant, c’est là la seule voie qui permet de conférer à nos actes et pensées le sceau de l’éternité. Durant toute la journée de Kippour, les portes du ciel étaient grandes ouvertes. Rien ne cachait l’horizon.

 

Mais la nuit va tomber et les portes se refermer. Il ne restera alors plus qu’un souvenir et une espérance : le souvenir : celui d’avoir touché à l’éternité. L’espérance : celle de toucher l’éternité ce soir dans la réalité concrète.

 

                

Rabbin Jacky Milewski

Par Initiative Rabbinique - Publié dans : REFLEXION - ANALYSE
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