MAHARAT HAMAHPELA
Le texte nous entretient de la vieillesse de DAVID, de la tentative de son fils ADONIAS de s’emparer du pouvoir du vivant de son père, des efforts conjugués du prophète NATHAN et de BETHSABEE, l’épouse du roi de garantir la royauté pour SALOMON. 1° v. 1 à 4 : DAVID et AVISHAG la Sunnamite chargée de le servir sans relation intime avec elle. 2° v. 5 à 10 : ADONIAS et ses factieux. Il omet de convoquer le prophète NATHAN et le futur roi SALOMON. 3° v. 11 à 14 : Le conseil donné par le prophète NATHAN à BETHSABEE pour convaincre le roi de ne transmettre la royauté qu’à son fils SALOMON. 4° v. 15 à 21 : BETHSABEE se rend chez le roi et plaide la cause de son fils. 5° v. 22 à 27 : NATHAN pénètre chez le roi et complète l’argumentation de BETHSABEE. 6° v. 28 à 31 : Déclaration solennelle de DAVID.
Les convergences et les divergences entre le texte de la Torah et celui de la Haphtara. Dans les deux textes, nous sommes en présence de deux chefs de familles : ABRAHAM et DAVID. Ceux-ci, à l’approche de leur mort, 175 ans pour le premier, 70 ans pour le second, sont préoccupés par leur succession destinée à poursuivre l’œuvre de leur vie. ABRAHAM a pour principal souci de trouver une femme pour son fils ISAAC, son héritier matériel et surtout spirituel. Elle doit correspondre à ses aspirations pour éviter qu’ISAAC n’épouse une fille de CANAAN. L’on connaît la mission confiée au serviteur ELIEZER pour mener à bien la recherche de l’épouse idéale.
Le résultat ne pouvait que satisfaire le patriarche ABRAHAM, comme nous le laisse entendre le texte de la paracha. C’est le même genre de préoccupation qui anime le roi DAVID. Celui-ci, âgé (pour l’époque), fatigué et usé par quarante années de guerre et de pouvoir destiné à établir une royauté solide, il veut placer sur son trône celui de ses fils qu’il juge le plus digne, SALOMON.
Dans les deux cas de figures, ce ne sont pas les fils aînés, ISMAËL pour ABRAHAM ou ADONIAS pour DAVID qui méritent la confiance paternelle. Ce sont les fils plus jeunes méritant de succéder à leur père, en raison de leur proximité idéologique.
Un autre point de rapprochement entre la paracha et la haphtara consiste dans les deux cas à nous parler de l’âge avancé des deux personnages bibliques. Pour ABRAHAM, il est écrit : « Et ABRAHAM était vieux, avancé dans la vie » (Genèse XXIV, 1) De même pour DAVID, il est écrit : « Le roi DAVID était vieux, chargé de jours » (I Rois I, 1) Par contre, les différences entre les deux textes sont bien plus nettes .
ABRAHAM, bien que très âgé, a gardé toute sa vigueur, capable de prendre des initiatives, ayant toute sa lucidité mettant toute sa confiance en D.ieu. Ce n’est pas le cas de DAVID. Autant le patriarche était-il alerte malgré une vieillesse certaine, autant le Roi DAVID était un roi vieux, s’éloignant des activités fébriles de la politique de la cour.
Il n’a même plus la force physique au point de devoir recourir au concours d’une sorte d’infirmière chargée de le réchauffer. C’est en fonction de pareille situation qu’il est urgent de régler la question de la succession au trône royal. Le prophète NATHAN indique à BETHABEE l’épouse du roi et la mère de SALOMON les propos qu’elle devra tenir au roi. Et quand il pénètrera chez le roi comme convenu entre eux, pour compléter avec souplesse l’intervention de BETHSABEE, en courtisan avisé.
Il présente les choses différemment, pour obtenir l’effet escompté. Les différences sont également perceptibles en ce qui concerne les enfants. ISAAC n’apparaît que comme « le fils de son maître », selon l’expression du serviteur ELIEZER. Sans l’ombre d’une opposition, le fils accepte l’ordre de son père, ce qui aura une certaine répercussion sur le cours de son existence. Quel contraste que celle de l’attitude d’ADONIAS s’opposant avec fébrilité à son père. Une sérénité presque idyllique règne dans la maison d’ABRAHAM, face à l’ambiance tendue que l’on ressent à la cours royale de DAVID. Alors que le père est encore en vie, l’un des fils cherche à s’assurer la royauté, par le fait accompli. On voit ici un net contraste entre un foyer de l’époque des patriarches et le palais d’un roi.
L’avenir du premier est assuré d’une solidité certaine plus forte que celui d’une prestigieuse royauté, dans laquelle on perçoit déjà les premiers signes de dégradation et d’effritement. Nous pouvons déterminer ainsi, pour ce qui est du rapport entre la Paracha et la Haphtara, que le choix par les rabbins, du chapitre biblique retenu, montre une similitude entre les deux textes et de façon encore plus nette les contrastes.
Le texte de la Haphtara a pour nous d’autant plus de valeur qu’il nous montre et nous fait ressentir clairement la grande simplicité et le reflet de la droiture que nous observons dans le texte de la Torah. Le Midrash a su relier les figures d’ABRAHAM et de DAVID, tous deux âgés, en faisant ressortir le fait que la vieillesse mérite le respect uniquement obtenu par la recherche de la justice. Voici ce que nous rapporte le YALKOUT CHIMONI (texte midrachique) paragraphe 166 : « Le Roi DAVID était âgé, chargé de jours ». C’est ce que dit le verset : « La haute vieillesse est une couronne d’honneur ». (Proverbes XVI, 31) De qui l’apprend-on ? D’ABRAHAM, à propos duquel il est écrit : « ses descendants observeront la voie de D.ieu en pratiquant le droit et la justice » (Genèse XVIII, 19). Il parvint à « une vieillesse heureuse » (Genèse XXV, 8). De même, DAVID devint âgé, méritant lui aussi ce privilège, parce qu’il « a agi avec justice et équité envers son peuple » (II Samuel VIII, 15).
Les Rois et les Prophètes dans les livres des premiers prophètes en ajoutant ce qui est relaté dans le Livre des Chroniques. La Haphtara nous présente la figure du prophète NATHAN. Il nous paraît intéressant de consacrer notre étude aux rapports mutuels entre le ROI et le PROPHETE selon les livres historiques - ceux des premiers prophètes et le Lvre des Chroniques. Nous en extrairons le rôle des prophètes et l’essence du prophétisme. Quels étaient les rapports entre la prophétie et la royauté à l’époque des premiers rois ? Selon l’historien YEHESKIEL KAUFMANN, dans son ouvrage « Histoire de la Foi Juive » (Tome IV, page 110), la royauté de SAÜL était enracinée dans la prophétie. Sa royauté progresse à partir du terreau de la prophétie. Celui qui prophétise à cette époque devient un JUGE SAUVEUR.
Le Juge devient Roi. SAMUEL instille en SAÜL l’esprit de prophétisme en lui parlant et en l’oignant d’huile sainte le nomme ROI. Les premiers dirigeants du peuple étaient des personnages à qui D.ieu est apparu. MOÏSE, a unifié en sa personne le pouvoir royal et celui de la prophétie.
Bien que JOSUE ne fut pas désigné sous le vocable de prophète, il a pu en maintes occasions bénéficier d’apparitions de la part de D.ieu. Il est également comme d’autres prophètes réalisant des miracles, été compté parmi les dirigeants servant de modèles, sans adjonction du titre royal. DEBORAH et SAMUEL, et même GEDEON, ont eu le privilège d’apparitions divines.
Dans la plupart des cas, le texte nous indique que l’esprit divin a réussi à se poser sur eux. Nous avons l’exemple d’OTHNIEL ben KENAZ (JUGES III, 10), de JEPHTE (JUGES XI, 29), de SAMSON (JUGES XIII,25 et XIV, 6). Nous retrouvons la même chose chez les trois premiers rois - SAÜL, DAVID et SALOMON.
Ainsi pour SAÜL, nous lisons à deux reprises qu’il fut saisi par l’esprit divin (I SAMUEL X, 12 et I SAMUEL XIX, 24) « Est-ce que SAÜL est aussi parmi les prophètes ? » DAVID parlant de lui-même dit : « L’esprit du Seigneur a parlé par ma bouche, son verbe repose sur ma langue » (II SAMUEL XXIII, 2) Ce même DAVID aura aussi le privilège de voir apparaître un ange (II SAMUEL XXIV, 16-17).
Comme l’on sait, D.ieu est apparu au Roi SALOMON dans un songe (I ROIS III, 5 à 14 - IX, 2-9 et XI, 11-13). Ce n’est qu’à partir de ROBOAM fils de SALOMON que nous trouvons des rois très pieux auxquels D.ieu ne s’adresse pas directement mais par l’intermédiaire des prophètes.
Aucun autre roi ne bénéficiera désormais d’une apparition divine directe. Nous voyons ainsi les rois dans leur rôle premier par rapport aux prophètes. Ainsi, c’est SAMUEL qui oindra SAÜL en tant que roi (I SAMUEL X, 1) et il utilisera la même corne contenant l’huile d’onction pour en oindre DAVID (I SAMUEL XVI, 13). Le Roi SALOMON sera oint conjointement par le Grand-Prêtre TSADOK et le prophète NATHAN dont nous avons déjà parlé précédemment (I ROIS I, 34).
C’est A’HYYA de SILO, qui par le symbole d’un manteau neuf déchiré, dont il remettre dix morceaux, nommera JEROBOAM, roi d’ISRAËL. Le prophète ELISEE, par l’intermédiaire d’un des jeunes prophètes, fera oindre JEHU en lui disant : « prends cette fiole d’huile et rends-toi à RAOT-GALAAD. Arrivé à destination, enquiers-toi de JEHU, fils de SOSAPHAT, fils de NIMCHI.
Une dois admis en sa présence, tu l’engageras à se levers du milieu de ses frères d’armes, et l’introduiras dans une chambre retirée. Prends alors la fiole d’huile , répands-la sur sa tête en disant : « Ainsi a parlé l’Eternel ; : Je te sacre soi d’ISRAËL. » (II ROIS IX, 1-3). Le prophète utilise son don auquel font également appel les rois pour connaître l’avenir et ce qui été décrété au ciel.
Sur le conseil de son serviteur, SAÜL d’adresse à SAMUEL le VOYANT pour connaître le lieu où se sont égarées les ânesses de son père (I SAMUEL IX, 6-10) Le fils de JEROBOAM est tombé très malade et se trouvant en danger de mort. Ce roi envoya son épouse chez A’HYYA de SILO, et par peur ou honte, sachant qu’en le désignant Roi, ce prophète ne pensait qu’il tournerait mal, la femme se déguisa. Mais le prophète la reconnut, lui annonça de funeste nouvelles pour l’enfant le devenir du royaume (I ROIS XIV, 1-16).
Lors des départs en guerre, on se tournait vers l’homme de D.ieu pour qu’il indique qu’elle sera l’issue des combats. Dans l’alliance militaire entre ACHAB, le roi d’ISRAËL et JOSAPHAT roi de JUDA, le roi fidèle à D.ieu présente la demande suivante : « N’y a-t-il pas ici encore un prophète de l’Eternel que nous puissions interroger « (I ROIS XXII, 7).
Remarquons au passage, que seuls les prophètes mensongers s’entouraient de beaucoup de monde, tandis que les prophètes authentiques agissaient seuls. Les Rois ne s’adressaient pas aux prophètes uniquement dans les situations dangereuses liées à la guerre.
Nous avons des situations où les rois se concertaient avec les prophètes pour des décisions importantes ou des questions touchant à la Foi. Après avoir affermi sa royauté par les victoires décisives sur les ennemis qui l’entouraient, DAVID se concerte avec NATHAN pour la construction du Temple devant se substituer au Tabernacle transitoire contenant l’Arche Sainte.
Une lecture approfondie du texte nous permet de faire la différence entre les paroles du prophète prononcées à titre personnel ou celles du messager de D.ieu. C’est ce que nous voyons à propos de ce projet de construction. Tout d’abord NATHAN confirme à DAVID qu’il fait bien d’envisager un tel projet. Mais D.ieu s’adressant à NATHAN dans une vision nocturne, le charge d’aller annoncer à DAVID que ce ne sera pas lui mais son fils SALOMON qui réalisera cette grande oeuvre, du fait qu’il a mené trop de guerres et que ses mains sont souillées de sang (II SAMUEL VII, 1 - 17).
A l’époque de la royauté de JOSIAS, en procédant à la réfection du Temple, on a retrouvé un Livre de la Torah. Ce roi en fut profondément troublé, du fait du relâchement des pratiques religieuses par ses contemporains. Ne sachant que faire après cette découverte, le Roi s’adresse au Grand-Prêtre ‘HILKYYA et au Scribe CHAFAN en leur recommandant ceci : « Allez consulter l’Eternel pour moi, pour le peuple, pour tout JUDA, ai sujet de ce livre qu’on vient de trouver, car grande est la colère divine allumée contre nous par le refus de nos ancêtres à écouter et à pratiquer les commandements qui nous sont prescrits dans ce livre ». (II ROIS XXII, 13). Dans quelle mesure le prophète ne sert-il que d’intermédiaire et uniquement cela ? Nous le voyons pour le cas de la maladie grave dont est frappé le Roi EZECHIAS.
En lisant le passage concerné, nous constatons combien il en ressort que le prophète transmet le message de D.ieu auquel il s’en remet, en effaçant toute marque personnelle. Voici donc ce que nous lisons : « En ce temps-là, EZECHIAS fut atteint d’une maladie mortelle.
Le prophète ISAÏE, fils d’AMOTZ, lui rendit visite et lui dit : « Ainsi parle l’Eternel : donne des ordres à ta maison, car tu vas mourir ; tu ne te rétabliras pas. Dans notre Haphtarah, nous constatons le caractère spécifique de la position du prophète NATHAN.
Il n’agit pas en tant que conseiller du Roi, ni comme celui qui rapporte la parole divine, mais il doit arranger la situation avec intelligence, pour se réalise le serment fait par DAVID au nom de D.ieu, pour que son fils SALOMON lui succède.
Mais du fait qu’il ne paraît pas ici comme messager de la parole divine mais comme celui qui a le souci selon lequel le Roi DAVID ne commettra pas de parjure, l’on comprend les précautions que NATHAN est amené à prendre témoignant d EZECHIAS tourna la face vers le mur et implora l’Eternel en ces termes : « De grâce », Seigneur, daigne te souvenir que j’ai marché devant toi fidèlement et d’un cour sincère, et que j’ai fait ce qui te plaît ! » Puis il éclata en longs sanglots .
ISAÏE n’avait pas encore quitté la cour du milieu, quand l’Eternel s’adressa de nouveau à lui : « Retourne pour dire à EZECHIAS, le souverain de mon peuple : Ainsi parle l’Eternel, le D.ieu de DAVID , ton père : J’ai entendu ta prière et vu tes larmes, je te guérirai, et le troisième jour tu monteras dans la maison de D.ieu » (II ROIS XX, 1-6). u comportement d’un courtisan avisé et expérimenté.
On dirait que ce n’est pas le même homme qui avait osé reproché fermement à DAVID la faute qu’il avait commise en prenant BETHSABEE, l’épouse de son capitaine URIE qu’il avait envoyé à la mort.
En général comme c’est son devoir, et NATHAN l’a montré dans plusieurs cas, le prophète n’hésite pas à sermonner le Roi en cas de défaillance morale ou religieuse de sa part. Il n’admet aucune excuse. Nous le voyons dans le cas de SAÜL n’ayant pas totalement anéanti AMALEC comme celui avait été ordonné par SAMUEL.
Malgré ses arguments de défense, SAMUEL dit à SAÜL : « Des holocaustes, des sacrifices ont-ils autant de prix aux yeux de l’Eternel que l’obéissance à la voix divine ? Puisque tu as repoussé la parole de l’Eternel, il te repoussera de la royauté. » (I SAMUEL XV, 22-23) Le Prophète est donc celui qui ose avec force et courage montrer au Roi les erreurs et les fautes dont il a pu se rendre coupable. Pareille attitude peut dans de nombreux cas valoir la colère et l’animosité du roi. Il est d’ailleurs intéressant de noter que cela vaut aussi bien pour les Rois de JUDAH que pour ceux du royaume d’ISRAËL
Les rapports entre les deux parties peuvent parfois être tendus et conflictuels, et valoir au Prophète d’être chassé de la cour, voire même d’être en danger de mort. Ce fut le cas entre pour le prophète ELIE opposé au roi ACHAB. Il y eut aussi des cas où le Roi accepte d’obéir au Prophète, même dans un cas de politique militaire. C’est ce que nous voyons lorsque ROBOAM, le fils de SALOMON voulant attaquer les dix tribus d’ISRAËL qui avaient fait sécession, vit apparaître le prophète dénommé CHEMAYA lui intimant sur ordre de D.ieu de renoncer à combattre les soldats du royaume d’ISRAËL. (I ROIS XII, 21-22).
En général, les prophètes ne trouvaient pas d’oreille attentive à leurs déclarations. Nous avons cependant le témoignage de poids quant à l’obéissance aux paroles des prophètes et que nous trouvons dans un récit rapporté dans le Livre des CHRONIQUES relatif au Royaume d’ISRAËL. Il s’agit d’ACHAZ roi de JUDAH attaqué par les royaumes d’ARAM et ISRAËL qui s’étaient ligués contre lui. De nombreux prisonnier de JUDAH tombèrent aux mains des ennemis.
C’est alors qu’apparut un prophète du nom de ODED, exigeant la libération des prisonniers, et sa demande fut prise en considération. Voici le fin du récit : « Les hommes désignés nominativement se levèrent, se saisirent des captifs ; tous ceux qui étaient nus, ils les vêtirent d’habits pris du butin, les habillèrent, les chaussèrent, leur donnèrent à manger et à boire, les frictionnèrent, conduisirent à âne tous ceux qui trébuchaient, les menèrent à JERICHO, la ville des palmiers, auprès de leurs frères et revinrent à SAMARIE » (II Chroniques XXVIII, 15).
Parmi tous les exemples souvent conflictuels entre les rois et les prophètes que nous avons pu trouver, nous avons avec ce dernier texte, l’exemple selon lequel l’intervention d’un prophète auprès d’un roi pouvait déboucher sur un minimum d’humanité envers les prisonniers, ce qui n’est pas toujours le cas, même de nos jours, y compris dans les démocraties les plus avancées.
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